Le marché de l’or traverse une phase de tension extrême. D’un côté, la résilience inattendue du marché du travail américain repousse tout scénario de baisse des taux ; de l’autre, les banques centrales continuent d’accumuler du métal jaune, limitant l’ampleur du repli. Un tweet de Donald Trump a même brièvement interrompu la dégringolade.
Les créations d’emplois aux États-Unis ont atteint 172 000 postes en mai, soit près du double des anticipations des analystes. Ce chiffre a anéanti les espoirs d’un assouplissement monétaire rapide. Goldman Sachs table désormais sur un premier mouvement de la Fed en 2027, et les marchés intègrent une probabilité non négligeable de hausse des taux d’ici la fin de l’année. Des rendements plus élevés sur les emprunts d’État américains renchérissent le coût d’opportunité d’un actif non rémunéré comme l’or.
L’once a ainsi touché un point bas à 4 359 dollars, soit 22 % de moins que son sommet sur 52 semaines de 5 626,80 dollars. L’indice de force relative (RSI) est tombé à 35, et le cours évolue environ 6 % sous sa moyenne mobile à 50 jours – des signaux techniques de faiblesse prononcée.
L’escalade au Moyen-Orient n’a pas apporté le soutien escompté. Les frappes israéliennes contre des installations iraniennes et libanaises ont certes fait bondir le pétrole de plus de 4 dollars, alimentant les craintes inflationnistes, mais le billet vert, lui, s’est apprécié. Un dollar fort freine mécaniquement la demande d’or libellée dans la devise américaine. Le rebond est venu d’ailleurs : Donald Trump a annoncé sur les réseaux sociaux la perspective rapide d’un cessez-le-feu, provoquant un regain d’appétit pour le métal précieux.
Au cœur de cette tourmente, les banques centrales jouent un rôle de contrepoids. La People’s Bank of China a augmenté ses réserves pour le dix-neuvième mois consécutif. L’administration nationale des changes (SAFE) a fait état au 7 juin de 74,96 millions d’onces fines, soit 320 000 onces supplémentaires par rapport à avril – environ 9,95 tonnes. Le stock officiel chinois s’élève désormais à 2 331,52 tonnes. Paradoxalement, la valeur en dollars de ces réserves a reculé, passant de 344,2 à 340,8 milliards, sous l’effet de la baisse des cours.
La Pologne n’est pas en reste : Varsovie a acquis 14 tonnes en avril et porte ses achats nets à 45 tonnes depuis le début de l’année. Sur les trente-six derniers mois, les instituts d’émission du monde entier ont acheté en moyenne 29 tonnes d’or par mois.
En Chine, l’appétit privé s’essouffle. La Bourse de l’or de Shanghai n’a livré que 63,5 tonnes en mai, soit la moitié du volume de mars et le plus faible total depuis février 2020. L’accumulation officielle compense en partie ce désamour intérieur.
Sur le plan macroéconomique, les prochains rendez-vous sont cruciaux. Les chiffres de l’inflation américaine, publiés mercredi et jeudi, détermineront si le marché peut espérer un répit. Si les prix à la consommation s’avèrent trop élevés, le seuil psychologique des 4 000 dollars pourrait être testé. La réunion de la Fed à la mi-juin scellera, quant à elle, la tendance à moyen terme.
Malgré ces vents contraires, l’or conserve son statut dans les réserves officielles. La Banque centrale européenne souligne dans son dernier rapport sur le rôle international de l’euro que le métal jaune représentait 27 % des réserves mondiales fin 2025, devant les bons du Trésor américain (22 %) et la monnaie unique (15 %). Les réserves de change de la Chine, parallèlement, ont grimpé à 3 440 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis fin 2015. Preuve que Pékin conjugue accumulation d’or et renforcement de sa position globale, tandis que les marchés financiers attendent le signal de Washington.
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