Alors que l’or tangue sous les 4 000 dollars, la Chine a discrètement musclé ses réserves. Selon les calculs de Goldman Sachs, Pékin a acquis près de 48 tonnes d’or sur le marché de gré à gré londonien en mai, soit presque cinq fois les 10 tonnes officiellement déclarées. La Banque populaire de Chine enchaîne ainsi son vingtième mois d’achats consécutifs, la plus longue série depuis plus de dix ans. Goldman Sachs table sur des acquisitions mensuelles de 50 tonnes cette année et de 40 tonnes en 2027, et maintient un objectif de cours à 4 900 dollars l’once d’ici fin 2026.
Ce soutien structurel n’empêche pas le métal jaune de subir de plein fouet les vents contraires. Vendredi, l’once a clôturé à 4 021,30 dollars, en hausse de 1,03 % sur la séance, mais après une semaine soldée par un recul d’environ 2,5 %. Sur un mois, la perte atteint 3,63 %, et depuis le début de l’année, le repli s’élève à 7,19 %. Le sommet des cinquante‑deux semaines, touché le 29 janvier à 5 626,80 dollars, s’éloigne désormais de 28,53 %.
Les tensions géopolitiques au Proche‑Orient ont attisé la volatilité. Une attaque contre une installation pétrolière au Koweït et des incidents dans le détroit d’Ormuz ont poussé le Brent au‑delà de 90 dollars le baril. L’armée israélienne a fait état de tirs de roquettes iraniens sur la ville jordanienne d’Aqaba, affirmant que des soldats américains avaient été tués – ce que la Jordanie a démenti. Aéroport et port ont été évacués par précaution. Parallèlement, Téhéran a lancé de nouvelles frappes contre des sites américains après six nuits consécutives de bombardements américains sur des cibles iraniennes.
La Réserve fédérale alourdit encore la pression. Le président Kevin Warsh a martelé que la lutte contre l’inflation est « loin d’être terminée » et qu’il n’y a « aucune tolérance pour une inflation durablement élevée ». Le vice‑président Philip Jefferson a laissé entendre qu’il soutiendrait un resserrement si les prix ne se calment pas, tandis que la présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, réclame explicitement une hausse des taux. Le marché anticipe un statu quo lors de la réunion du 28 et 29 juillet, mais la probabilité d’un tour de vis en septembre est évaluée à environ 50 %. Le « dot plot » de juin a pour la première fois signalé une possible hausse, après quatre statu quo consécutifs dans une fourchette de 3,50 à 3,75 %. Les données d’inflation de juin sont contrastées : les prix à la consommation et à la production ont reculé, mais les prix à l’importation ont augmenté de manière inattendue. La prochaine réunion du FOMC, le 29 juillet à 20 h MESZ (conférence de presse à 20 h 30), constituera le prochain test décisif.
Sur le plan technique, le récent plongeon a été violent. L’or a enfoncé les supports clés de 4 381 et 4 094 dollars avant de trouver un plancher provisoire autour de 3 960 dollars, suivi d’un rebond dynamique au‑dessus de 4 094 dollars. Le RSI à 14 jours s’établit à 40,6, signalant une faiblesse sans survente excessive. La moyenne mobile à 50 jours, à 4 304,16 dollars, reste à 6,57 % au‑dessus du cours. Une clôture quotidienne au‑dessus de 4 400 dollars invaliderait le schéma baissier ; en revanche, une clôture hebdomadaire sous la ligne de cou provoquerait l’objectif de la formation tête‑épaules.
Les avis des analystes divergent fortement à court terme. L’enquête Kitco auprès des stratèges de Wall Street montre que près de 79 % d’entre eux anticipent une poursuite de la baisse pour la semaine à venir. La CPM Group recommande une position vendeuse à 3 980 dollars avec un objectif de 3 820 dollars si le seuil des 4 000 dollars est définitivement enfoncé. Les experts d’ANZ situent la zone de soutien entre 3 800 et 4 000 dollars, tandis que d’autres mettent en avant une possible formation d’un plancher grâce à des conditions techniques de survente.
Mais la demande structurelle des banques centrales reste un pilier. Au premier trimestre 2026, les achats officiels sont estimés à 244 tonnes, soit davantage qu’au trimestre précédent et au‑dessus de la moyenne quinquennale. La Pologne et d’autres institutions poursuivent leur diversification hors du dollar. Le World Gold Council estime la valeur équitable de l’or autour de 4 100 dollars, avec une fourchette d’environ 5 %, en intégrant l’hypothèse d’une hausse des taux d’ici octobre 2026. Bank of America, bien que qualifiant 2026 d’« année perdue » potentielle pour l’or, reste haussier à long terme en raison des préoccupations sur la dette souveraine et de la dédollarisation.
Deux forces antagonistes s’affrontent donc – la pression restrictive de la Fed et la thésaurisation des banques centrales. La suite dépendra des signaux que Kevin Warsh enverra lors de la conférence de presse du 29 juillet. D’ici là, l’or évolue en terrain glissant, mais les achats chinois tissent une toile de fond que les baissiers ne peuvent ignorer.
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