Le métal jaune traverse une phase de turbulences qui illustre le paradoxe actuel du marché aurifère. D’un côté, les banques centrales mondiales viennent de franchir un seuil historique avec des réserves atteignant 36 664,5 tonnes — soit 16,7 % de tout l’or que l’humanité a extrait depuis l’aube des civilisations. De l’autre, le cours de la once a chuté de près de 28 % depuis son sommet de janvier à 5 626,80 dollars, pour s’établir à 4 055,70 dollars vendredi, en hausse de seulement 0,08 % sur la séance.
Cette stabilisation précaire intervient après une semaine marquée par des chocs multiples : un vent de panique provoqué par Pékin, des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et des données américaines qui renforcent le dollar.
La Chine coupe le robinet de la spéculation
Le 24 juillet, la période de transition pour l’interdiction des produits « or papier » sur les applications bancaires chinoises a expiré. Les autorités ont contraint de nombreux investisseurs à effet de levier à des ventes forcées, ce qui a fait plonger le cours de l’or de plus de 2 % jeudi. Les observateurs estiment que ce processus de purge est désormais largement achevé, les volumes se redirigeant vers le marché à terme réglementé. Cette normalisation pourrait favoriser une consolidation plus solide des cours à court terme.
Le dilemme des taux et du pétrole
Les attaques contre des pétroliers en mer Rouge ont ranimé les craintes de perturbations d’approvisionnement, propulsant le Brent au-dessus des 100 dollars le baril. En temps normal, ces tensions géopolitiques attirent les investisseurs vers les valeurs refuges. Mais les statistiques américaines jouent en sens inverse : les inscriptions au chômage sont tombées à 187 000, leur plus bas niveau depuis plus de 50 ans, tandis que le rendement des emprunts d’État à dix ans a grimpé à 4,7 %, son plus haut depuis dix-huit mois. L’or, qui ne rapporte aucun intérêt, souffre mécaniquement de la perspective d’une Fed qui maintient ses taux élevés plus longtemps.
Les banques centrales tiennent bon
Pourtant, la demande institutionnelle reste un rempart structurel. Selon BestBrokers, les banques centrales ont acheté 224,2 tonnes d’or en 2026 et vendu 221,4 tonnes, soit un achat net d’environ trois tonnes. Alan Goldberg, analyste en chef chez BestBrokers, y voit un changement fondamental dans la politique de réserves : « Dans un système financier de plus en plus numérique et interconnecté, les banques centrales se tournent à nouveau vers l’une des plus anciennes formes de richesse humaine — un métal qui a survécu aux guerres, aux crises monétaires et aux mutations économiques. »
La Pologne se distingue comme l’acheteur le plus agressif : 102 tonnes supplémentaires en 2025, puis 63,6 tonnes au cours des premiers mois de 2026, pour un total d’environ 21,6 milliards de dollars au cours actuel. Le Kazakhstan et la Chine continuent également d’accroître leurs réserves. En revanche, la Turquie s’est partiellement délestée pour soutenir sa monnaie, et la Russie réduit ses stocks sous la pression budgétaire.
Des repères techniques à surveiller
Le marché teste désormais des niveaux clés. La moyenne mobile à 50 jours, à 4 242,92 dollars, constitue la première résistance, le cours évoluant 4,41 % en dessous. Le seuil des 4 000 dollars offre un support solide, où les acheteurs se sont manifestés à plusieurs reprises ces dernières semaines. Le RSI, à 44,7, laisse une marge de manœuvre dans les deux sens.
Les analystes de MUFG soulignent que la demande physique des banques centrales reste un facteur stabilisateur, même en période de forte volatilité. Tous les regards se tournent désormais vers la décision de la Fed mercredi prochain, qui pourrait donner un nouvel élan au dollar — et, par ricochet, déterminer si le métal jaune parvient à tenir la barre des 4 000 dollars.
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