À 4.168,70 dollars l’once jeudi, le métal jaune signe une progression de 1,03 % sur la séance et de 2,79 % sur la semaine. Une vigueur qui doit davantage à la faiblesse du billet vert qu’à la dynamique propre du marché physique, tant les signaux qui traversent le secteur demeurent contradictoires.
Le grand écart des achats officiels
C’est un chiffre qui bouscule les certitudes. Le World Gold Council a revu en profondeur ses estimations pour le premier trimestre : les achats des banques centrales, initialement annoncés à 244 tonnes, n’ont finalement atteint que 57 tonnes, soit un repli de 76 % par rapport à la première évaluation. La correction s’explique par les ventes enregistrées en Turquie, en Russie et en Azerbaïdjan. Dans ce contexte, le deuxième trimestre prend une tout autre dimension : avec 289 tonnes acquises, il constitue un record absolu pour un second trimestre depuis le début des relevés, en hausse de 62 % sur un an. Le cumul semestriel ressort à 345 tonnes, contre 415 tonnes un an plus tôt — le niveau le plus faible pour un premier semestre depuis 2022.
Derrière ces moyennes se cachent des trajectoires très divergentes. La Pologne a étoffé ses réserves de 51 tonnes, la Chine de 33 tonnes. À l’inverse, la Russie a cédé 22 tonnes, ramenant ses réserves à 2.282 tonnes, leur plus bas niveau depuis fin 2019. Interrogé sur ces mouvements, Andrew Naylor du World Gold Council souligne que la demande institutionnelle continue de soutenir les cours malgré la pression exercée par des taux élevés. L’institution table néanmoins sur des achats inférieurs à ceux de 2025 dans les prochains trimestres. Selon une enquête du conseil mondial de l’or, 89 % des institutions interrogées anticipent une hausse des réserves mondiales, et 45 % envisagent d’accroître leurs propres avoirs.
La Fed se fissure, le dollar flanche
La décision de politique monétaire de mercredi a laissé des traces. Le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale a maintenu son taux directeur dans la fourchette de 3,50 à 3,75 % pour le septième mois consécutif, mais le vote de 9 contre 3 marque la première dissension à trois voix depuis 2016. Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan ont plaidé pour un relèvement d’un quart de point. Le président de la Fed, Kevin Warsh, a réaffirmé que la lutte contre l’inflation demeurait la priorité absolue, tout en refusant de qualifier une hausse de « solution standard ». Il a toutefois reconnu que les rendements nominaux et réels avaient connu « l’une des plus fortes progressions depuis deux décennies ».
Les marchés ont retenu l’essentiel : le dollar s’est déprécié de 0,90 % sur l’indice DXY, pénalisé par une possible intervention japonaise et par l’absence de signaux clairs de la part de la Fed. Cette faiblesse du billet vert a mécaniquement rendu l’or plus attractif pour les investisseurs internationaux. Le baromètre CME FedWatch évalue désormais à environ 55 à 59 % la probabilité d’un relèvement des taux lors de la prochaine réunion des 15 et 16 septembre.
Le paradoxe n’a pas échappé aux observateurs : alors que la rhétorique monétaire penche du côté restrictif, les rendements obligataires s’emballent. Le taux à trente ans des emprunts d’État américains a touché un plus haut de dix-neuf ans, frôlant les 5,23 %, un niveau inédit depuis 2007. L’économiste Ed Yardeni met en garde : la Fed devra relever ses taux courts pour contenir les rendements longs, sous peine de voir sa crédibilité entamée. Un raisonnement qui, dans l’immédiat, joue en faveur du métal jaune, les investisseurs cherchant une protection contre un environnement macroéconomique de plus en plus incertain.
Géopolitique et flux physiques : des forces contraires
L’escalade au Moyen-Orient ajoute une couche d’incertitude. Le président Trump a déclaré qu’un accord avec l’Iran était « terminé », tandis que le commandement militaire américain CENTCOM a confirmé des frappes aériennes massives contre des cibles militaires dans le sud du pays, d’une ampleur deux fois supérieure à l’opération précédente. Les prix du pétrole ont réagi vivement, et l’or a ponctuellement profité de son statut de valeur refuge, malgré des prises de bénéfices sur certains jours de la semaine.
Sur le front de la demande physique, le tableau reste contrasté. Les ETF adossés à l’or ont enregistré des sorties nettes de 45 tonnes au deuxième trimestre, tandis que la demande joaillière s’est contractée de 17 % à 278 tonnes, son niveau le plus faible depuis la pandémie. La demande mondiale totale est pourtant restée stable à 1.269 tonnes sur le trimestre, et le premier semestre affiche une progression de 2 % à 2.522 tonnes, pour une valeur record de 380 milliards de dollars. Ce sont bien les achats des banques centrales qui ont compensé les faiblesses structurelles des autres segments.
Une consolidation qui s’éternise
Le cours évolue toujours à bonne distance de ses sommets. L’once reste 25,91 % sous son plus haut sur 52 semaines, établi à 5.626,80 dollars le 29 janvier. L’indice de force relative, à 53,8, traduit un marché équilibré, sans direction claire. La zone de consolidation qui s’est formée depuis le début de l’année pourrait toutefois céder si les dissensions au sein de la Fed venaient à se résorber en faveur d’une hausse des taux en septembre — un scénario qui renforcerait le dollar et pèserait sur le métal jaune. En attendant, le marché semble s’accommoder de ces forces contraires, entre une politique monétaire hésitante, des tensions géopolitiques persistantes et une demande officielle qui, malgré ses soubresauts statistiques, continue d’offrir un plancher au prix de l’or.
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