Le métal jaune évolue dans un champ de forces contradictoires. D’un côté, la Chine affiche une soif d’or record : ses importations nettes via Hong Kong ont grimpé de 81,2 % en avril, à 86,7 tonnes. De l’autre, l’espoir d’une détente entre Washington et Téhéran, conjugué aux signaux hawkish de la Fed, a poussé l’or sous les 3 400 dollars – jusqu’à toucher un plus bas de deux mois à 3 375 dollars. Le cours a depuis rebondi pour clôturer jeudi à 4 538 dollars, soit 16,7 % en dessous du plus haut annuel de 5 450 dollars atteint en janvier.
Le frein géopolitique et monétaire
Les discussions sur un accord américano-iranien ont laminé la prime de risque géopolitique. Avec la cassure du seuil psychologique des 3 400 dollars, de nombreux stop-loss ont été déclenchés, accentuant la pression vendeuse. La moyenne mobile à 200 jours est désormais sous surveillance : une rupture durable ouvrirait la voie à des ventes supplémentaires.
Parallèlement, le dollar fort renchérit l’once pour les investisseurs non américains. La gouverneure de la Fed, Lisa Cook, a indiqué que les taux resteraient stables à court terme, tout en laissant la porte ouverte à un resserrement si les droits de douane ou les investissements dans l’IA ravivaient l’inflation. Selon l’outil FedWatch, la probabilité d’une hausse des taux d’ici la fin de l’année dépasse 47 %. Dans un tel contexte, l’or, actif non rémunéré, souffre de l’attractivité des obligations.
L’économie américaine donne des signaux mitigés
L’indice PCE, mesure d’inflation privilégiée par la Fed, a augmenté de 3,8 % sur un an en avril (hors énergie et alimentation : 3,3 %). Dans le même temps, la croissance du PIB américain au premier trimestre a été révisée en baisse à 1,6 % en rythme annualisé, contre 2,0 % initialement annoncés. Un ralentissement qui plaide pour des actifs défensifs, mais une inflation persistante qui retient la Fed d’assouplir sa politique monétaire. Les taux directeurs restent ainsi dans une fourchette de 3,5 à 3,75 %.
L’appétit chinois comme contrepoids
Les données de Hong Kong ne mentent pas : les importations brutes d’or via ce hub ont atteint 99,3 tonnes en avril, contre 79,6 tonnes en mars. La Banque populaire de Chine a poursuivi ses achats : ses réserves s’élevaient à 74,64 millions d’onces fines fin avril, soit 2 322 tonnes, marquant le 18e mois consécutif d’augmentation. Une tendance lourde qui soutient les cours, mais qui ne suffit pas à compenser le vent contraire macroéconomique.
Des signaux techniques contrastés
Alors que les sorties de capitaux des ETC or se poursuivent et que la demande indienne montre des signes d’essoufflement, les marchés pétroliers ont connu une volatilité inverse : un incident militaire près de Bandar Abbas a fait bondir le brut de plus de 3 %, sans pour autant profiter à l’or, happé par l’espoir diplomatique.
Techniquement, l’or évolue actuellement à 4 538 dollars, sous sa moyenne mobile à 50 jours (4 641 dollars). Si le support des 4 370 dollars tient, un rebond technique est envisageable. En cas de rupture, les 4 300 dollars deviendraient le prochain objectif baissier. La demande physique chinoise offre un plancher, mais c’est du côté de la Fed que viendra le déclic pour renouer avec les sommets.
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