La journée de lundi restera comme un curieux paradoxe pour les marchés. Alors que le métal jaune s’offre une progression de 1,4 % à 4.728,80 dollars l’once, l’origine de ce mouvement n’a rien de conventionnel : c’est bien l’État américain lui-même, par ses menaces et ses annonces, qui a donné des ailes à l’once d’or.
Une intervention politique au secours du métal jaune
Le déclencheur ? Une escalade verbale inédite. Selon les informations rapportées par n-tv, le président Trump a agité la menace d’une intervention militaire comme « ultime recours » sur le marché obligataire, tandis que le secrétaire au Trésor Bessent poursuit le doublement du programme de rachat d’emprunts d’État. Une combinaison qui a immédiatement trouvé un écho sur des marchés obligataires déjà fébriles, la rendance des emprunts d’État américains à 30 ans ayant touché son plus haut niveau depuis dix-neuf ans.
Pour financer ces rachats, le Trésor pourrait puiser dans ses réserves liquides, estimées à environ 935 milliards de dollars. Derrière cette manœuvre, les investisseurs décèlent un aveu implicite : l’État doit recourir à des outils inhabituels pour maintenir une dette dépassant les 40 billions de dollars à un niveau soutenable. Ce scénario alimente directement le fameux « debasement trade » – le pari sur une érosion monétaire progressive, dont l’or tire traditionnellement profit.
Les banques centrales, pilier discret de la dynamique
Mais réduire cette flambée à un simple épisode politique serait occulter une tendance de fond autrement plus structurante. Les banques centrales ont acquis 289 tonnes d’or au deuxième trimestre, un volume rarement atteint. Ces achats officiels, motivés par une volonté de diversification des réserves et de réduction de l’exposition au dollar, constituent une assise qui ne dépend ni des nouvelles du jour ni des aléas de la politique monétaire.
Ce socle explique d’ailleurs la vigueur des rebonds du métal jaune à chaque repli. L’écart avec le plancher sur 52 semaines atteint 40 % – le point bas de 3.366,00 dollars remontant à août de l’année dernière – tandis que 15 % séparent encore le cours actuel du record absolu de 5.586,20 dollars touché en janvier. Une géométrie qui illustre l’ampleur du chemin parcouru depuis l’été.
Une conjonction de facteurs qui s’auto-entretient
La demande officielle ne fait pas cavalier seul. La géopolitique apporte son écot : Bessent a promis un « D-Day économique » contre l’Iran, avec une conférence de presse programmée lundi soir, tandis que le président ukrainien Zelensky a réaffirmé son refus de toute capitulation à l’occasion du 35ᵉ anniversaire de l’indépendance de son pays, réclamant de nouveaux systèmes de défense antiaérienne. Ces tensions, conjuguées à la menace d’intervention sur les obligations, poussent les investisseurs vers les valeurs refuges.
Les flux institutionnels confirment cet engouement. Les ETF aurifères ont enregistré des entrées dépassant 28 tonnes sur la seule semaine écoulée, et le fondateur de Bridgewater, Ray Dalio, recommande désormais une allocation pouvant atteindre 15 % en or dans les portefeuilles – un signal fort quant à la revalorisation structurelle du métal dans un environnement incertain.
Entre signaux techniques et rendez-vous à venir
Reste que la prudence s’impose à court terme. L’indice de force relative, à 72,9, pointe un marché suracheté, rendant plausibles des consolidations passagères sans remettre en cause la tendance de fond. La performance annuelle de 40 % témoigne de la profondeur du mouvement engagé.
Les prochains jours s’annoncent décisifs. La prise de parole du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, vendredi à Jackson Hole, sera scrutée : les marchés guetteront sa position sur les rachats de titres du Trésor. Les chiffres de l’inflation PCE, attendus mercredi, apporteront également leur lot d’indications sur la trajectoire monétaire. Deux échéances qui pourraient bien déterminer la suite du parcours du lingot, alors que la question centrale demeure : les banques centrales maintiendront-elles leur cadence d’achat au troisième trimestre ? Si tel était le cas, l’or conforterait son statut d’instrument de réserve privilégié, indépendamment des soubresauts des taux et du billet vert.
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