La semaine aura été rude pour les actionnaires de Valneva, écartelés entre une nouvelle réglementaire majeure et des comptes semestriels en nette détérioration. Le titre, qui avait bondi de près de 24 % en une seule séance après la validation par l’Agence européenne des médicaments (EMA) de la demande d’autorisation du vaccin contre la maladie de Lyme développé avec Pfizer, a depuis cédé du terrain. Lundi, l’action a reculé de 2,9 % à 2,86 euros, signe que le marché digère la forte progression enregistrée sur les trente derniers jours — un gain de 39 % qui place néanmoins le cours encore 22 % sous son niveau de début d’année.
Des comptes dans le rouge vif
Les résultats publiés le 13 août n’ont guère laissé de place à l’optimisme. La perte nette a plus que triplé pour atteindre 63,3 millions d’euros au premier semestre, contre 20,8 millions un an plus tôt. Le résultat opérationnel s’est, lui, creusé à 49,9 millions d’euros, contre 16,8 millions au premier semestre 2025. Selon des informations de presse, près de la moitié de cette perte opérationnelle proviendrait d’Ixchiq, le premier vaccin approuvé au monde contre le virus du chikungunya.
Les revenus totaux ont reculé à 65,8 millions d’euros, contre 97,6 millions sur la même période de l’exercice précédent. Les ventes de produits, principal moteur de l’activité, se sont effritées à 64 millions d’euros — un repli de près de 30 % par rapport aux 91 millions du premier semestre 2025. La division médecine des voyages IXIARO/JESPECT a particulièrement souffert, avec une baisse de 19,6 %, pénalisée notamment par le changement de partenaire de distribution en Allemagne.
La trésorerie sous perfusion
Pour faire face à ces déficits, Valneva a actionné plusieurs leviers. La cession de son site de Nantes, annoncée pour septembre 2026, doit rapporter 6,2 millions d’euros. Surtout, une augmentation de capital de 37 millions d’euros a permis de porter la trésorerie à 121,5 millions d’euros à la fin du semestre, contre 109,7 millions fin 2025. Une bouffée d’oxygène nécessaire alors que la consommation de cash opérationnelle a atteint 13,7 millions d’euros sur la période.
La direction, par la voix du directeur financier Peter Bühler, promet une réduction des coûts opérationnels de 25 à 35 % par rapport à l’année précédente. Elle maintient par ailleurs ses objectifs annuels : des ventes de produits comprises entre 135 et 150 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires total attendu entre 145 et 160 millions.
Le pari Lyme, moteur de la valorisation
C’est pourtant bien la promesse du vaccin contre la borréliose de Lyme qui anime le cours. La validation de la demande par l’EMA, intervenue le 14 août, constitue une étape purement procédurale : le dossier a été jugé complet et admis à l’examen scientifique. La décision finale, attendue dans les douze prochains mois avec une probable primeur européenne, reste entièrement ouverte.
Les données de l’étude de phase 3 VALOR montrent une efficacité supérieure à 70 % chez les personnes âgées de cinq ans et plus, avec un profil de tolérance satisfaisant. En cas de feu vert, Valneva percevrait jusqu’à 143 millions de dollars de paiements d’étapes au titre de l’accord de partenariat signé en 2020 avec Pfizer, assortis de redevances comprises entre 14 et 22 % sur les ventes futures. Un modèle économique d’autant plus attractif que le laboratoire n’aurait pas à supporter les coûts de commercialisation.
Les analystes de TD Cowen, qui ont initié la couverture le 11 août avec une recommandation d’achat et un objectif de cours de 12 dollars, estiment que le vaccin est largement « dé-risqué » et doté d’un potentiel de blockbuster. Leur scénario valorise les revenus de licence potentiels à 590 millions d’euros d’ici 2035. Guggenheim a également réaffirmé sa position acheteuse après la validation de l’EMA. À contre-courant, Weiss Ratings recommande la vente, tandis que le consensus de marché penche pour la conservation du titre.
Un calendrier chargé
La suite du programme s’annonce décisive. Au-delà de l’examen européen du vaccin anti-Lyme, les investisseurs surveilleront les résultats de l’étude de phase 3 sur le vaccin contre la shigellose, attendus au troisième trimestre 2026. Avec une volatilité annualisée de 87 %, le titre reste toutefois à la merci du moindre accroc réglementaire — une question de l’EMA ou un avis négatif du comité suffiraient à ramener sur le devant de la scène la fragilité du cœur d’activité.
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