Le marché de l’or vit actuellement une schizophrénie rare. D’un côté, les banques centrales accumulent le métal jaune à un rythme quasi inédit. De l’autre, les investisseurs institutionnels désertent les fonds négociés en Bourse (ETF) avec une vigueur qui ne trompe pas. Le cours de l’once oscille, pris en tenaille entre ces deux forces antagonistes.
L’once a clôturé lundi à 4.155,70 dollars, en recul de 0,75% sur la séance, mais encore en hausse de 3,09% sur une semaine. Depuis le début de l’année, le métal précieux affiche un repli d’environ 4%. Surtout, il s’éloigne de son record historique de 5.626,80 dollars atteint en janvier – plus du quart de la valeur s’est déjà évaporé.
Le principal moteur de la faiblesse actuelle reste le dollar, soutenu par les discours prudents de la Réserve fédérale. La présidente de la Fed de Cleveland a ainsi estimé qu’il n’y avait guère de signes de ralentissement économique et jugé possible de nouvelles hausses de taux pour ramener l’inflation à 2%. Un dollar fort renchérit l’or pour les acheteurs hors zone dollar et pèse mécaniquement sur les cours.
Pourtant, les dernières statistiques américaines pourraient tempérer cette vision. En juin, seuls 57.000 emplois ont été créés outre-Atlantique, bien en deçà des prévisions. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité d’un relèvement des taux en septembre est tombée de 66% à 50%. Pour l’or, actif sans rendement, une moindre propension à resserrer le crédit est a priori favorable.
Mais cette lueur n’a pas suffi à enrayer la défiance des institutionnels. Le SPDR Gold Shares, premier ETF aurifère mondial, a subi des sorties nettes d’environ un milliard de dollars sur cinq séances. Ses avoirs ont glissé à 1.005 tonnes, leur plus bas niveau depuis fin septembre 2025. Un bref mouvement de rachat la semaine précédente a été totalement effacé.
Le tableau technique ne plaide pas non plus pour un rebond rapide. Un « death cross » (croisement mortel) s’est formé sur le graphique journalier, signal traditionnel de pression vendeuse accrue. Le cours évolue près de 6% sous sa moyenne mobile à 50 jours, située à 4.404 dollars. La moyenne à 100 jours, elle, pointe à 4.640 dollars. Avec un RSI de 44,7, l’once n’est ni survendue ni surachetée – mais la tendance reste baissière.
Face à ce marasme, les banques centrales continuent d’acheter comme jamais. En mai, elles ont accru leurs réserves nettes de 41 tonnes. Le World Gold Council (WGC) table sur des acquisitions de l’ordre de 850 tonnes sur l’ensemble de l’année, soit près du double de la moyenne annuelle d’avant 2022. Une enquête du WGC révèle que près de 90% des banques centrales interrogées anticipent une hausse de leurs réserves d’or l’an prochain. Dans son dernier rapport sur les réserves, la BCE a même constaté que l’or avait dépassé les obligations d’État américaines dans l’allocation mondiale des réserves. La Chine, elle, a ajouté 320.000 onces supplémentaires en mai, portant à dix-neuf mois consécutifs la série d’achats de la People’s Bank.
Le WGC envisage pour le second semestre un scénario central de consolidation autour de 4.100 dollars, avec une fourchette de fluctuation de plus ou moins 5%. Mais ce fragile équilibre pourrait être rompu par une surprise macroéconomique – un virage inattendu des taux – ou par une nouvelle poussée géopolitique. L’épisode récent des tensions dans le détroit d’Ormuz a rappelé que les risques demeurent. Les opérateurs surveillent désormais le compte rendu de la dernière réunion de la Fed, puis les inscriptions hebdomadaires au chômage et l’indice des prix à la consommation du 14 juillet. Tant que le dollar restera soutenu, l’once aura du mal à franchir la résistance des 4.200 dollars. En deçà, le support psychologique des 4.100 dollars tient lieu de dernier rempart avant un nouvel accès de faiblesse.
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