Le scénario était écrit à l’avance : la fin de la période de lock-up des dirigeants, conjuguée à une restriction de l’autorisation de mise sur le marché du vaccin antichikungunya, aurait dû plomber l’action Valneva. Pourtant, vendredi dernier, le titre a clôturé à 2,31 euros, en hausse de 2,30 % sur la séance et de 2,08 % sur la semaine. Un signe que le marché avait déjà intégré ces deux risques.
La période de conservation de 61 jours, liée à l’augmentation de capital d’avril, a expiré le 30 juin. Les membres du directoire et du conseil de surveillance sont donc libres de céder leurs actions depuis cette date. Mais aucun mouvement n’a été déclaré pour l’instant. L’opération, qui avait permis à Valneva de lever 84 millions d’euros, avait vu l’émission d’environ 16 millions de nouveaux titres au prix unitaire de 2,33 euros. Outre Frazier Life Sciences, plusieurs fonds spécialisés – TCGX, Deep Track Capital, Cormorant Asset Management, Perceptive Advisors, Vivo Capital et Samsara BioCapital – avaient participé au placement. Le nombre total d’actions en circulation s’élève désormais à 189.771.237, contre un nombre de droits de vote théoriques de 204.363.605.
Le même jour, Valneva a confirmé la publication de sa déclaration trimestrielle de capital et de droits de vote, une formalité administrative directement issue de l’augmentation de capital. Mais c’est surtout l’annonce d’une restriction de l’autorisation européenne pour l’IXCHIQ, son vaccin contre le chikungunya, qui a retenu l’attention des investisseurs. L’Agence européenne des médicaments a limité l’utilisation du produit aux patients à risque à partir de 12 ans, et des courriers d’information doivent être adressés aux médecins européens à la mi-juillet.
Les comptes du premier trimestre 2026 reflètent une situation financière tendue. Le chiffre d’affaires a chuté de 37,2 % à 30,9 millions d’euros, tandis que la perte nette a bondi de 249 % pour atteindre 32,1 millions d’euros. Pour y faire face, la direction a engagé une restructuration drastique : les coûts opérationnels doivent être réduits de 35 %. Le groupe disposait toutefois de 105 millions d’euros de trésorerie à fin mars, une marge de manœuvre qui limite les craintes immédiates de liquidité.
Dans le pipeline, l’attention se concentre sur deux programmes majeurs. Pour la maladie de Lyme, le candidat vaccin développé avec Pfizer affiche une efficacité de 73 %, et le dossier d’enregistrement doit être déposé par le partenaire américain d’ici la fin de l’année. Un feu vert réglementaire constituerait un catalyseur décisif pour le titre. De son côté, le programme Shigella attend des données cliniques intermédiaires en 2026. Si elles sont positives, Valneva prévoit d’en reprendre l’intégralité du développement.
Techniquement, l’action reste fragilisée. Elle évolue sous toutes ses moyennes mobiles clés : 3,51 % en dessous de la moyenne à 50 jours (2,40 euros) et 34,74 % en dessous de la moyenne à 200 jours (3,54 euros). Le RSI, à 46,8, traduit un marché en équilibre instable. Depuis le début de l’année, la perte s’élève à près de 40 %, mais le titre conserve un coussin de 8,44 % par rapport à son plus bas annuel (2,13 euros). La capitalisation boursière flirt avec 425,8 millions d’euros.
En toile de fond, la restructuration juridique se poursuit. L’assemblée générale du 25 juin a entériné le transfert du siège social de Valneva à Lyon, avec la fermeture du site de Nantes. Un nouveau chapitre qui s’ouvre, alors que le marché attend désormais de voir si les dirigeants passeront à l’acte sur les cessions d’actions, et surtout si Pfizer tiendra sa promesse de dépôt réglementaire avant la fin de l’année.
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