C’est l’histoire d’un contraste brutal. Le soir du 1er juin, les investisseurs d’Abivax jubilaient : les résultats de l’étude de phase 3 ABTECT pour Obefazimod dans la colite ulcéreuse affichaient des taux de rémission inédits. Vingt-quatre heures plus tard, l’action s’effondrait de 40 %, passant de près de 129,69 dollars à 71 dollars, alors que des informations sur sept cas de tumeurs dans le bras haute dose étaient largement relayées. Le volume des échanges a atteint huit fois la moyenne quotidienne, et la part des ventes à découvert a bondi à environ 12 % du flottant.
Des performances cliniques au sommet
Dans la phase de maintenance de l’étude, 50,8 % des patients recevant 25 mg d’Obefazimod et 51,3 % de ceux sous 50 mg ont obtenu une rémission clinique à la semaine 44, contre seulement 10,4 % sous placebo. Un écart d’environ 40 points qui place ce candidat-médicament en tête des traitements de la colite ulcéreuse. Tous les critères secondaires ont également été satisfaits. Pour Leerink Partners, ces données constituent un « scénario idéal » avec les meilleurs taux de rémission jamais observés dans un essai contrôlé contre placebo pour cette pathologie.
Sept tumeurs qui jettent le trouble
Mais la mauvaise surprise vient du groupe à la dose la plus élevée (50 mg). Sept cas de cancer y ont été rapportés : un cancer de la prostate, un cancer du sein, une dysplasie colique, ainsi que quatre tumeurs cutanées. Les investigateurs ont estimé que trois de ces malformations n’étaient pas liées au traitement, tandis que les deux cas restants concernaient des patients ayant des antécédents de cancer de la peau. Le management d’Abivax souligne que l’âge moyen des patients touchés (62 ans) dépasse largement la moyenne de l’étude (42 ans) et qu’aucun schéma organique clair ni lien causal n’a été établi.
Malgré ces précautions, le cabinet d’avocats SueWallSt a lancé une action en justice contre la direction et le conseil de surveillance, les accusant de ne pas avoir suffisamment informé les actionnaires des risques de sécurité dans l’étude.
Des analystes partagés sur la suite
La réaction des analystes est pour le moins contrastée. Jefferies a dégradé le titre de « Achat » à « Conserver » et réduit son objectif de cours de 160 à 90 dollars, jugeant le signal des cancers comme une charge significative pour le parcours boursier. En revanche, Jason Butler de Citizens JMP Securities estime que les résultats ont dépassé ses attentes. Damien Choplain de Stifel nuance : le signal oncologique n’est pas négligeable mais représenterait davantage un risque d’étiquetage qu’un véritable avertissement de sécurité. Wedbush, pour sa part, a relevé sa recommandation de « Sous-performance » à « Neutre », tout en abaissant également son objectif à 90 dollars, craignant des exigences plus strictes de la FDA.
Un calendrier serré mais des réserves solides
Abivax maintient son projet de soumettre une demande d’autorisation de mise sur le marché (NDA) auprès de la FDA pour Obefazimod dans la colite ulcéreuse d’ici la fin du quatrième trimestre 2026. Le laboratoire attend les données complètes de l’étude, prévues en octobre, pour clarifier la situation. En attendant, les spéculations sur un rachat d’Abivax – AstraZeneca était cité comme acquéreur potentiel – sont gelées. Les analystes estiment que les candidats repreneurs voudront voir ces résultats d’octobre avant de se prononcer.
Avec 491,6 millions d’euros de trésorerie au 31 mars, Abivax assure pouvoir financer ses opérations jusqu’au quatrième trimestre 2027. De quoi laisser le temps de trancher : ce signal de cancer est-il une simple mention dans la notice ou un obstacle rédhibitoire à l’autorisation ?
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