Le constructeur chinois BYD a signé en août sa meilleure performance commerciale mensuelle de son histoire. Pourtant, l’action reste engluée dans une dynamique baissière qui interroge. Les 440.293 New Energy Vehicles écoulés le mois dernier représentent une progression de 17,84 % sur un an — le quatrième mois consécutif de croissance — mais cette prouesse opérationnelle ne parvient pas à inverser la tendance boursière.
Vendredi, le titre a clôturé à 9,45 euros, cédant 0,8 % sur la séance. Le repli atteint 7,3 % sur trente jours et 12 % depuis le 1er janvier. Surtout, l’action évolue environ 24 % sous son plus haut de 52 semaines, les 12,49 euros touchés début octobre de l’année dernière.
Le bénéfice net progresse, mais pas assez vite
La défiance des investisseurs trouve son explication dans les résultats trimestriels publiés le 28 août. Sur le deuxième trimestre, BYD a dégagé un bénéfice net de 8,2 milliards de yuans, soit environ 1,22 milliard de dollars. La hausse de 30 % sur un an met certes un terme à quatre trimestres consécutifs de baisse des profits, mais elle se situe bien en deçà des projections.
Les analystes de Morgan Stanley, UBS, Citi, Deutsche Bank et CMBI tablaient en effet sur un bond d’environ 48 %. L’écart entre ces anticipations et la réalité — 18 points de pourcentage — explique largement la faiblesse persistante du cours. D’autant que le chiffre d’affaires a reculé de 3,2 % à 194,6 milliards de yuans, soit un quatrième trimestre consécutif de contraction des revenus.
L’export, moteur d’une croissance à deux vitesses
Le salut vient de l’étranger. Les exportations d’août ont bondi de 134,5 % à 189.466 véhicules, un rythme qui compense les difficultés du marché intérieur chinois, où la guerre des prix entre constructeurs électriques fait rage. Sur les huit premiers mois, les ventes internationales cumulées atteignent 1.162.260 unités, en hausse de 85,72 %. Elles représentent désormais 43,56 % des ventes totales de NEV, qui s’établissent à 2.668.015 véhicules sur la période — un recul de 6,84 % nettement moins prononcé que le repli de 15,72 % enregistré au premier semestre.
Cette bascule géographique se lit aussi dans les marges. La rentabilité brute est passée de 18,01 % à 18,85 % au premier semestre, une amélioration attribuée principalement aux activités internationales. Selon les calculs de Reuters, le commerce extérieur pèserait même pour 53 % du chiffre d’affaires consolidé. Les véhicules 100 % électriques participent également à l’élan : avec 256.230 berlines et SUV à batterie écoulés en août, BYD a établi un nouveau record mensuel, en hausse de 28,38 % sur un an et de 9,92 % par rapport à juillet.
Pékin resserre l’étau réglementaire
La réussite exportatrice attire toutefois l’attention des autorités. Le ministère du Commerce, celui de l’Industrie et des Technologies de l’information ainsi que l’administration de la régulation des marchés ont publié des directives enjoignant aux constructeurs d’éviter toute politique tarifaire créant des avantages concurrentiels déloyaux à l’étranger et de respecter les normes antitrust, sociales et de responsabilité d’entreprise.
En Hongrie, une enquête administrative est par ailleurs ouverte depuis juillet sur les subventions et autorisations accordées à l’usine BYD de Szeged. Elle fait suite à deux accidents mortels sur le chantier et à un rapport évoquant d’éventuels indices de travail forcé.
Pour autant, le service de commentaires Reuters Breakingviews juge que ces nouvelles exigences de conformité ne devraient guère freiner l’expansion internationale des constructeurs chinois, BYD étant cité parmi les principaux bénéficiaires de cette dynamique sectorielle. Honda, concurrent direct, confirme d’ailleurs la percée : les groupes chinois gagnent des parts de marché notables en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et en Europe, accroissant la pression sur les constructeurs historiques.
Une configuration technique fragile
En attendant les prochains résultats, prévus pour le 21 octobre, la prudence domine. L’indice RSI s’établit à 40,1 et le cours accuse un écart de 9,2 % avec sa moyenne mobile à 200 jours — des signaux qui trahissent une faiblesse technique persistante. Les investisseurs semblent vouloir vérifier que la machine exportatrice ne sera pas entravée par le nouveau cadre réglementaire de Pékin avant d’accorder crédit à la vigueur opérationnelle du groupe.
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