Le constructeur chinois de véhicules électriques affiche une ambition démesurée pour ses ventes hors de Chine. Le management vise désormais 1,9 à 2,0 millions d’unités écoulées à l’international en 2026, après avoir déjà relevé son objectif de 1,3 à 1,5 million de véhicules. Cette révision à la hausse s’appuie sur des chiffres d’août éloquents : 440.293 véhicules vendus au total, en progression de 17,8 % sur un an, dont 189.466 unités livrées à l’étranger — un bond de 134,5 % qui porte la série d’exportations à quatre mois consécutifs de croissance.
L’étranger pèse désormais plus lourd que la Chine
La bascule est historique. Au premier semestre, le chiffre d’affaires réalisé hors de l’Empire du Milieu a grimpé de 33,9 % pour atteindre 181,27 milliards de yuans, soit 52,6 % du total — une première pour le groupe, qui réalise donc davantage de ventes à l’étranger que sur son marché domestique. Les exportations, elles, ont bondi de 67,8 % à environ 792.000 véhicules. Cette recomposition géographique s’accompagne de marges plus confortables sur les marchés internationaux.
Le contraste avec le marché intérieur est saisissant. Le chiffre d’affaires en Chine — Hongkong, Macao et Taïwan inclus — s’est effondré de 30,7 % à 163,55 milliards de yuans. Au niveau consolidé, le semestre ressort en baisse de 7,1 % à 344,8 milliards de yuans, tandis que le bénéfice net part du groupe recule de 20,5 % à 12,3 milliards de yuans. Le deuxième trimestre offre toutefois une lueur d’espoir : le profit y a progressé de 30 % sur un an, même s’il est resté sous les attentes des analystes — une première hausse trimestrielle depuis plus d’un an.
Cap sur l’Océanie et la logistique maritime
Cette dynamique exportatrice s’accompagne d’initiatives ciblées. BYD planche ainsi sur un modèle spécifiquement développé pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui pourrait prendre la forme d’un pick-up de type ute, un segment très prisé dans la région. Le vice-président Liu Xueliang a confirmé le projet, tandis que le directeur général pour la Nouvelle-Zélande, Warren Willmot, a démenti les rumeurs selon lesquelles il s’agirait du modèle Mako. Une version tout-terrain du Shark 6 est également évoquée. Signe d’une stratégie qui s’affranchit des standards globaux pour épouser les goûts locaux.
Parallèlement, le groupe étudie une commande d’un milliard de dollars américains portant sur des transporteurs de véhicules supplémentaires, afin de sécuriser les flux logistiques d’exportation. Le constructeur a déjà constitué sa propre flotte pour réduire sa dépendance au fret charter, marché tendu. Un investissement de cette ampleur traduit une conviction : les volumes à l’étranger vont continuer de grossir, et il s’agit d’anticiper plutôt que de subir.
Le Brésil demeure le premier marché extérieur, avec un projet d’approfondissement de la production locale, notamment via un hybride rechargeable à technologie flex-fuel. Côté gamme, le SUV Sealion 08 a été lancé mercredi dans le cadre de la famille Ocean, avec des prix de prévente compris entre 230.000 et 280.000 yuans. Dans le giron de Denza, la déclinaison électrique du Z9GT, forte de sa technologie à trois moteurs et des batteries Blade de deuxième génération, continue de dominer les ventes de son segment.
Pékin encadre l’expansion
L’offensive extérieure de BYD n’échappe pas aux radars réglementaires. Les autorités chinoises ont publié de nouvelles directives encadrant les opérations internationales des constructeurs automobiles nationaux, durcissant les exigences de conformité pour les investissements à l’étranger. Si ces règles répondent directement à la rapidité d’expansion du groupe, les observateurs de Reuters Breakingviews estiment qu’elles ne devraient pas freiner significativement la progression mondiale des marques chinoises — BYD restant l’étendard du mouvement.
Un titre décroché de la réalité opérationnelle
La Bourse, elle, n’embraye pas. L’action a clôturé autour de 9,35-9,37 euros, en repli d’environ 1 % sur la séance, et accuse un recul de 25 % par rapport à son plus haut sur 52 semaines de 12,49 euros, touché début octobre. Depuis le 1er janvier, la dépréciation atteint 12 à 13 %, et près de 19 % sur douze mois. L’indice de force relative, qui oscille entre 37,9 et 38,4 selon les jours, signale une faiblesse persistante, sans toutefois confirmer un état de survente prononcé. Le titre évolue sous ses moyennes mobiles à 50 et 200 jours.
Les investisseurs semblent privilégier les déconvenues du marché domestique et les bénéfices inférieurs aux attentes plutôt que la révision spectaculaire des prévisions d’exportation. Un paradoxe qui pourrait continuer de peser sur le cours dans les prochaines semaines, alors même que le groupe empile les succès opérationnels à l’international.
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