Le titre BYD poursuit sa dégringolade. Ce lundi, l’action perd encore 3,3 % à 9,60 euros, après avoir déjà cédé 5,5 % vendredi dans la foulée de la publication des résultats semestriels. Le constructeur chinois, qui avait clôturé la semaine précédente à 9,92 euros, se retrouve désormais environ 23 % sous son plus haut sur 52 semaines, atteint le 2 octobre 2025 à 12,49 euros. Une glissade qui illustre la défiance des investisseurs, alors même que les comptes du deuxième trimestre dessinent une tout autre réalité.
Un semestre en trompe-l’œil
Sur l’ensemble du premier semestre 2026, le bénéfice net attribuable aux actionnaires a plongé de 20,5 % à 12,33 milliards de yuans, tandis que le chiffre d’affaires reculait de 7,1 % à 344,82 milliards de yuans. Le coupable est connu : la guerre des prix qui fait rage en Chine depuis que Pékin a réduit ses principales subventions à l’échange de véhicules. Pour préserver leurs volumes, les constructeurs électriques ont dû sacrifier leurs marges. BYD évoque également la hausse des coûts des matières premières, des matériaux et des semi-conducteurs, qui pèse sur l’ensemble de la profession.
Mais ce tableau sombre masque une inflexion nette au printemps. Sur le seul deuxième trimestre, le bénéfice net a bondi de 30 % à 8,2 milliards de yuans, et ce malgré un chiffre d’affaires en repli d’environ 3 % à 194,6 milliards de yuans. Une performance qui témoigne d’une capacité de redressement au fil des mois, même si elle n’a pas suffi à inverser la tendance semestrielle.
L’export, moteur de la relance
Le salut vient de l’étranger. Les ventes hors de Chine ont généré 181,27 milliards de yuans au premier semestre, soit plus de 52 % du chiffre d’affaires total du groupe. Les exportations ont bondi de 67,8 % à 792 000 véhicules, un rythme qui contraste violemment avec le marché intérieur, où les ventes de véhicules à énergie nouvelle (NEV) ont chuté de près de 16 % à 1,81 million d’unités, et où le chiffre d’affaires s’est effondré de 31 %.
Cette bascule vers l’international se lit aussi dans les marges. La marge brute est passée de 18,01 % à 18,85 %, signe que les marchés exportateurs, plus rémunérateurs, compensent progressivement les sacrifices consentis en Chine. Le constructeur s’est d’ailleurs fixé un objectif ambitieux de 1,5 million de véhicules exportés cette année. S’il l’atteint, 2026 pourrait être considérée comme une année de transition réussie ; dans le cas contraire, le doute s’installerait durablement sur la capacité du groupe à compenser la faiblesse de son marché domestique.
Des relais de croissance à concrétiser
Pour sécuriser cette trajectoire, BYD multiplie les chantiers. L’usine de Szeged, en Hongrie, représente un investissement d’environ 4 milliards d’euros pour une capacité annuelle allant jusqu’à 300 000 véhicules. D’autres sites sont prévus en Turquie. L’objectif : contourner structurellement les droits de douane européens. Le groupe explore également la reprise de l’usine Stellantis à Brampton, en Ontario, une option qui lui ouvrirait les portes du marché nord-américain malgré des barrières douanières de 25 %.
Côté produits, BYD vient de dévoiler le « Da Han », un sedan flagship doté d’une recharge rapide en cinq minutes, d’une autonomie de 1 008 kilomètres selon le cycle CLTC et d’un prix inférieur à l’équivalent de 52 000 dollars australiens. Le constructeur a par ailleurs franchi le cap des 100 000 immatriculations au Royaume-Uni, preuve de son implantation dans les marchés européens matures. Les prochains lancements — notamment le SUV Tang et de nouvelles variantes du Da Han au quatrième trimestre 2026 — seront scrutés de près.
Un contexte réglementaire et technique sous tension
Les risques ne manquent pas. En Chine, la réglementation se durcit : depuis février, les poignées de porte affleurantes sont interdites, et plus de 7 millions de véhicules ont déjà fait l’objet de rappels à l’échelle du secteur. Le Qin L DM-i a par ailleurs été épinglé lors d’un contrôle de conformité pour une consommation réelle supérieure à la déclaration. À partir de mi-2027, les constructeurs devront en outre assumer la responsabilité des fonctions de conduite autonome — un coût potentiel encore difficile à chiffrer.
Sur le plan technique, le titre évolue sous sa moyenne mobile à 200 jours (10,43 euros), à environ 8 % sous ce niveau, et juste en dessous de sa moyenne à 50 jours (9,67 euros). L’indice RSI s’établit à 41,4, traduisant une dynamique affaiblie mais pas encore totalement cassée. Les investisseurs surveilleront les livraisons mensuelles et l’avancement des usines hongroise et turque, dont la mise en service déterminera la véritable résilience du groupe face aux droits de douane. Tant que la croissance des exportations se maintient dans une fourchette de 60 à 70 % et que la marge brute reste stable ou progresse, le scénario d’une compensation par l’international conserve du crédit. En revanche, un net ralentissement des ventes à l’étranger — sous l’effet de nouvelles barrières commerciales en Europe ou en Amérique du Nord — ou une escalade de la guerre des prix en Chine transformeraient la chute du premier semestre en début de tendance baissière durable.
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