Le titre de l’équipementier australien de lutte anti-drones traverse une zone de turbulences. Après la publication des résultats semestriels, l’action a lâché 13 % en sept séances et s’échange désormais à 1,10 euro, soit 71 % sous son plus haut sur 52 semaines de 3,79 euro atteint le 1er octobre 2025. Depuis le début de l’année, la dépréciation atteint 39 %. Une sanction boursière qui interroge : simple réaction excessive à un indicateur manqué, ou début d’une érosion structurelle des marges ?
Des revenus records, une rentabilité en retrait
Le premier semestre 2026 affiche pourtant une croissance spectaculaire. Le chiffre d’affaires a bondi de 74 % à 125,8 millions de dollars australiens. Mais la contrepartie est lourde : la société a enregistré une perte nette de 32,2 millions de dollars australiens, contre un bénéfice de 2,1 millions un an plus tôt. Le marché a surtout retenu l’écart sur les revenus récurrents, qui n’ont atteint que 11,5 millions de dollars australiens, loin de l’objectif de 14,2 millions annoncé par la direction.
Le cœur du problème réside dans la marge brute, tombée à 60 % contre 65,3 % lors de l’exercice précédent. La direction invoque un mix défavorable entre matériel propriétaire et composants achetés, des effets de change et une dépréciation de stocks liée au déménagement de l’usine de Sydney et à la migration vers un nouvel ERP. La promesse d’un retour à 65 % au second semestre, portée par la nouvelle génération de matériel et la montée en puissance des abonnements, constituera le test décisif.
Un carnet de commandes qui rassure
Le récit de croissance conserve néanmoins des appuis solides. Le carnet de commandes pour l’exercice 2026 est passé de 206 millions de dollars australiens fin juillet à 240 millions au 21 août, couvrant ainsi 89 à 96 % de la fourchette de prévisions de chiffre d’affaires de 250 à 270 millions de dollars australiens, réaffirmée lundi. S’y ajoutent 43 millions de dollars australiens de commandes au-delà de 2026.
La trésorerie, forte de 180 millions de dollars australiens et de dépôts à terme, sans endettement, offre une marge de manœuvre confortable pour investir sans diluer les actionnaires. Sur le plan opérationnel, le mois d’août a été marqué par la signature d’un contrat de 23,2 millions de dollars australiens avec un client militaire européen via le partenaire Benelux COBBS BELUX BV. La vitrine du Mondial 2026 a également joué son rôle : les systèmes DroneShield déployés sur sept sites à Kansas City ont détecté 184 drones, dont 48 appareils non autorisés ont été interceptés.
Le programme LAND 156, relais de croissance majeur
Le management a mis en avant lors de la présentation des résultats un catalyseur potentiellement décisif : l’intégration au panel LAND 156 du ministère australien de la Défense. Ce programme national de déploiement représente un volume de 1,3 milliard de dollars australiens, dont les premières retombées significatives sont attendues à partir de fin 2026. La société évoque également une pipeline de 18 contrats potentiels de plus de 30 millions de dollars australiens chacun. Le plus important d’entre eux, un contrat européen, a vu sa valeur ajustée d’environ 800 à 750 millions de dollars australiens en raison de l’appréciation du dollar australien.
Un contrat de 24,9 millions de dollars australiens avec l’agence américaine Joint Interagency Task Force 401 a par ailleurs été annoncé, dont au moins 10 millions devraient être comptabilisés au cours de l’exercice en cours. La diversification géographique progresse : plus de la moitié des revenus semestriels proviennent désormais d’Europe et du Royaume-Uni, appuyée par le nouveau site de production de plus de 3 000 mètres carrés qui a livré ses premiers équipements fabriqués sur le continent en juin.
Les nuages persistent
Le tableau n’est pas exempt d’ombres. L’enquête de l’ASIC, le régulateur australien, sur les communications de marché et les activités de trading de novembre 2025 reste ouverte, et la société elle-même qualifie l’issue d’incertaine. La gouvernance a d’ailleurs été remaniée en avril avec l’arrivée d’Angus Bean à la direction générale, succédant à Oleg Vornik, après d’importantes ventes d’initiés fin 2025. Les effectifs ont bondi à 537 salariés contre 332 un an plus tôt, une expansion que la direction présente comme un investissement assumé dans les capacités de production et la R&D.
La configuration technique n’invite pas à l’optimisme : le cours évolue 16 % sous sa moyenne à 50 jours et 39 % sous celle à 200 jours, avec une volatilité annualisée sur 30 jours de 87 %. Canaccord Genuity a maintenu sa recommandation d’achat le 27 août mais a ramené son objectif de cours à 2,60 dollars australiens.
Les quatre trimestres consécutifs de flux de trésorerie opérationnels positifs, culminant avec des encaissements clients records de 77,4 millions de dollars australiens, témoignent d’une assise financière qui contraste avec la sanction boursière. La suite dépendra de la capacité de DroneShield à tenir sa promesse de marge et à convertir son carnet de commandes en résultats. La montée en cadence de la production RfRecon, avec les premières livraisons attendues pour la fin de l’année, servira de premier juge de paix.
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