À dix jours de la publication des résultats semestriels, le constructeur chinois joue une partie décisive sur deux tableaux antagonistes. D’un côté, des ventes à l’exportation qui s’emballent au point de redessiner la géographie du groupe ; de l’autre, un marché domestique où la guerre des prix fait des dégâts et où la suprématie de BYD n’a plus rien d’acquis. Le titre, qui s’échangeait à 10,13 euros vendredi après un gain de 2 % en séance, se situe 23 % sous son plus haut de 52 semaines (13,23 euros), signe que les investisseurs n’ont pas encore soldé leurs doutes.
L’export comme moteur principal
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les sept premiers mois de l’année, les ventes hors de Chine ont bondi de 79 % par rapport à la même période de 2025, selon Reuters. Le seul mois de juillet a vu partir à l’étranger 179.841 voitures particulières et pickups, soit une progression de 124,3 % sur un an — les deux sources convergent sur cette dynamique, l’une évoquant environ 180.000 unités. Le Brésil et le Royaume-Uni se sont imposés comme les principaux débouchés hors de l’Empire du Milieu.
Cette déferlante compense — mais seulement partiellement — la déconfiture domestique. Les immatriculations en Chine ont chuté de 35 % sur la période janvier-juillet, et de 9 % pour le seul mois de juillet, à environ 239.370 véhicules. Au total, BYD a écoulé 2.227.722 véhicules électrifiés depuis janvier, soit 10,54 % de moins qu’un an plus tôt. Le rythme actuel reste inférieur à celui requis pour atteindre l’objectif annuel fixé par la direction.
Chengdu, vitrine d’une offensive produits
C’est dans ce contexte tendu que le groupe a choisi le salon de Chengdu pour dévoiler ses arguments. La berline flagship « Da Han » affiche une autonomie CLTC de 1.008 kilomètres et une technologie de recharge ultrarapide capable de récupérer de l’énergie en cinq minutes. La troisième génération du SUV Tang, présentée comme le nouveau vaisseau amiral de la gamme Dynasty, est programmée pour le quatrième trimestre. Le Denza N8, équipé de la « Blade Battery 2.0 », promet lui aussi plus de 1.000 kilomètres d’autonomie.
L’effet d’annonce a porté : le titre a gagné 2 % le jour de l’ouverture du salon. Mais la portée stratégique de cette démonstration dépasse la simple réaction boursière. Elle intervient alors que la part de l’international dans les ventes totales a atteint environ 44 % au premier semestre, un niveau qui aurait semblé impensable il y a deux ans.
La concurrence intérieure mord
Le front intérieur donne pourtant des sueurs froides. Selon les données CPCA, BYD a écoulé 990.879 véhicules électriques et hybrides au premier semestre en Chine, s’adjugeant 21,1 % du marché — loin devant Tesla et ses 5,1 %. Mais à Chengdu même, l’épicentre du salon, le groupe a dû s’incliner sur l’ensemble du semestre face à Geely : 21.400 unités contre 21.800 pour son rival, même si BYD a repris la couronne mensuelle en juillet avec 3.548 immatriculations.
Geely, justement, fixe un standard gênant. Avec un chiffre d’affaires trimestriel de 89,8 milliards de yuans au deuxième trimestre, en hausse de 14 %, le concurrent direct démontre qu’il est possible de croître vite en Chine malgré la guerre des prix. Un élément que les analystes ne manqueront pas de mettre en regard des résultats de BYD vendredi.
Ce que les investisseurs attendent des chiffres
Le consensus table sur un bénéfice par action de 0,102 dollar pour le trimestre écoulé. Les marchés guetteront surtout la trajectoire des marges : l’explosion des volumes exportés se traduit-elle en rentabilité, ou les rabais consentis sur le marché intérieur absorbent-ils les gains engrangés à l’étranger ?
Quelques signaux positifs existent. Les analystes ont relevé mi-août leur objectif de cours moyen à 177 dollars de Hong Kong, contre 161 auparavant, après avoir porté leur estimation de bénéfice par action pour l’exercice 2025 de 6,08 à 6,71 yuans. Le programme de rachat d’actions de 400 millions de yuans en cours suggère que la direction juge le titre sous-évalué, tandis que le versement du dividende final au titre de 2025 témoigne d’une solidité financière préservée.
Le scénario du pire
Reste que les risques ne manquent pas. La cannibalisation entre les différentes gammes de BYD, les coûts de lancement des nouveaux modèles et l’essoufflement possible de la demande sur des marchés clés comme le Royaume-Uni pourraient casser la dynamique. Surtout, si les marges du premier semestre déçoivent nettement, le récit d’un groupe sauvé par l’international volerait en éclats au profit d’une lecture plus sombre : celle d’un champion chinois dont le pré carré se fissure.
Le titre évolue au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours (9,55 euros), un indicateur technique qui plaide pour une poursuite du rebond à court terme. Mais le véritable test, celui qui départagera les thèses haussières et baissières, aura lieu vendredi avec la publication des comptes. Le lancement du Tang de troisième génération au quatrième trimestre fournira, lui, un premier indice sur la capacité du groupe à reconquérir son marché domestique.
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