À première vue, tout sourit à Micron Technology. Le fabricant de mémoires affiche une progression de 228 % depuis le début de l’année, ses laboratoires se multiplient et les analystes rivalisent d’audace dans leurs objectifs de cours. Pourtant, derrière cette façade éclatante, les signaux contradictoires s’accumulent : les dirigeants vendent, certains investisseurs institutionnels délaissent le titre et une grande banque américaine esquisse déjà la fin de la fête.
Une croissance qui défie l’entendement
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au troisième trimestre fiscal, clos fin mai, Micron a dégagé un chiffre d’affaires de 41,46 milliards de dollars, en hausse de 345,8 % sur un an. Pour le trimestre en cours, la direction a promis 50 milliards de dollars de revenus, plus ou moins un milliard, ainsi qu’un bénéfice ajusté par action de 31 dollars, avec une marge d’un dollar. Des niveaux qui expliquent la performance boursière spectaculaire : le titre s’est envolé de 729 % en douze mois.
Cette dynamique repose sur un marché du DRAM et de la mémoire HBM sous tension, où l’offre peine à suivre la demande générée par l’intelligence artificielle. Mizuho a d’ailleurs relevé son objectif de cours à 1.375 dollars le 10 août, invoquant précisément ce déséquilibre. Deux jours plus tard, D.A. Davidson a enfoncé le clou en portant sa cible à 2.000 dollars, tandis que BMO Capital Markets a initié la couverture avec une recommandation « surperformance » et un objectif de 1.300 dollars, évoquant un « supercycle de la mémoire ».
La voix discordante de Citi
Mais toutes les notes ne sont pas aussi enthousiastes. Citi, tout en maintenant son conseil d’achat, a réduit son objectif de cours de 1.400 à 1.150 dollars. La banque américaine prévient que le cycle actuel des prix du DRAM et du NAND pourrait s’essouffler dès 2027. Une mise en garde qui contraste avec l’euphorie ambiante et rappelle que la mémoire reste une industrie profondément cyclique, malgré les promesses de l’IA.
10 milliards pour préparer l’après
Pour sécuriser son avenir au-delà du cycle, Micron investit massivement. Le groupe a dévoilé jeudi les « Micron Research Labs », une nouvelle installation de recherche à Boise, dans l’Idaho, dotée de 10 milliards de dollars sur dix ans. Le chantier doit démarrer en 2027 et visera à développer des technologies au-delà du DRAM et du NAND classiques, ainsi que des techniques avancées d’assemblage de puces.
Dans la même veine, Micron Ventures a lancé mi-août le « Paradigm Fund », un véhicule de 250 millions de dollars destiné à financer des start-up spécialisées dans l’architecture de modèles, l’infrastructure de calcul et la robotique. Côté produits, l’entreprise a également dévoilé, avec Microchip Technology, ce qu’elle présente comme la première SSD PCIe Gen6 NVMe de série du secteur, la Micron 9650, taillée pour les charges de travail IA et les centres de données.
Les initiés encaissent
Pendant que les analystes alignent les objectifs ambitieux, la direction, elle, vend. Le PDG Sanjay Mehrotra a déclaré son intention de céder 40.000 actions, d’une valeur estimée à 39,59 millions de dollars, via le Mehrotra Family Trust — après des opérations similaires en mai, juin et juillet. Le directeur commercial Sumit Sadana a, pour sa part, déjà vendu 15.000 titres au prix moyen pondéré de 934,29 dollars, empochant 14,01 millions de dollars.
Ces ventes ne constituent pas nécessairement un signal de défiance — elles sont monnaie courante après une telle envolée — mais elles rappellent que même les dirigeants préfèrent sécuriser une partie de leurs gains.
Des institutionnels partagés
Le camp des investisseurs institutionnels est tout aussi divisé. Renaissance Technologies a réduit sa participation de près de 486,50 millions de dollars au deuxième trimestre, ramenant son portefeuille de 2,16 millions à 211.580 actions. Bridgewater Associates a vendu environ 92 % de sa position, ne conservant plus que 116.700 titres. À l’inverse, Soros Fund Management a multiplié sa mise par 7,9, atteignant 22.422 actions valorisées à 25,88 millions de dollars, tandis qu’Altimeter Capital a bâti une nouvelle position de 0,21 million d’actions.
Le 22 septembre, rendez-vous décisif
En Bourse, le titre évolue dans une fourchette étroite : il a clôturé vendredi à 827,40 euros, en repli de 0,8 % sur la journée et de 1,5 % sur trente jours. Il se situe 2,1 % sous sa moyenne mobile à 50 jours et 25 % sous son plus haut annuel de 1.103,80 euros atteint fin juin. Pour autant, il conserve une avance de 66 % sur sa moyenne mobile à 200 jours, et le RSI de 52,9 n’indique ni surachat ni pression vendeuse. Une consolidation, donc, plutôt qu’un retournement.
Le prochain catalyseur est attendu le 22 septembre, date de publication des résultats du quatrième trimestre fiscal. D’ici là, une échéance plus lointaine mérite l’attention : le 9 décembre 2026. Ce jour-là, les restrictions du CHIPS Act limitant les rachats d’actions arriveront à expiration. Le directeur financier Mark Murphy a confirmé que Micron prévoyait alors de restituer 100 % de son flux de trésorerie excédentaire aux actionnaires. Un engagement qui, s’il rassure sur la solidité financière du groupe, intervient dans un contexte où la prudence semble de mise.
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