Le métal jaune évolue désormais sur un terrain structuré par un paradoxe chinois. D’un côté, la demande de bijoux s’effondre dans l’empire du Milieu, premier marché mondial de l’or ; de l’autre, les institutions financières du pays et les banques centrales de la planète n’ont jamais autant accumulé de lingots. Une recomposition qui ne doit rien au hasard, mais beaucoup aux régulateurs de Pékin et de Washington.
Sur les six premiers mois de l’année, les achats de joaillerie en Chine ont chuté d’environ 30 % pour retomber à 136 tonnes. À l’inverse, les barres et les pièces ont le vent en poupe, les épargnants chinois privilégiant la réserve de valeur à l’ornement. Cette bascule s’observe également du côté de la banque centrale : la People’s Bank of China a ajouté 33 tonnes à ses réserves au deuxième trimestre, portant à 21 mois sa série d’acquisitions ininterrompue — sa plus forte progression trimestrielle depuis fin 2023.
Pékin bouscule les circuits d’approvisionnement
La main de Pékin se fait aussi sentir sur l’infrastructure même du marché. Depuis le 24 juillet, les banques chinoises ne peuvent plus exécuter d’opérations à effet de levier que via des contrats négociés sur la Shanghai Gold Exchange. Conséquence directe : la prime du cours SGE par rapport au prix spot londonien s’est amenuisée, avant de basculer en territoire négatif le 19 août — un décote inhabituelle, signe d’un essoufflement de la demande intérieure face à la référence mondiale.
Dans le même temps, la London Bullion Market Association a retiré deux raffineries chinoises de ses listes de fournisseurs agréés en l’espace de quelques semaines. Shandong Gold Smelting a été radiée le 5 août après son inscription sur la liste noire américaine au titre de la loi sur le travail forcé dans la région ouïghoure (UFLPA). Le 20 août, c’était au tour de Hunan Shuikoushan Nonferrous Metals Group d’être suspendue, cette fois pour une réserve émise par son auditeur sur la conformité Responsible Silver pour l’exercice 2025. La China Gold Association a riposté par une lettre datée du même jour, dénonçant l’usage de l’instrument américain contre l’industrie aurifère chinoise.
Les banques centrales maintiennent la pression
Ces turbulences logistiques n’entament en rien l’appétit des autorités monétaires. Le World Gold Council recense 288,9 tonnes d’achats nets par les banques centrales au deuxième trimestre, en hausse de 62 % sur un an — un record pour un deuxième trimestre. La Pologne s’est distinguée avec 51 tonnes acquises sur la période et 82 tonnes au total depuis janvier, dans la perspective d’un objectif affiché de 700 tonnes. La Chine, elle, a profité de ce trimestre pour enregistrer son plus gros achat depuis fin 2023.
Côté ETF, le reflux semble s’atténuer : après des sorties nettes de 45 tonnes au deuxième trimestre, principalement imputables à l’Amérique du Nord, le SPDR Gold Trust a renoué avec les entrées le 7 août, à hauteur d’environ 637 millions de dollars.
Un marché qui reste tendu vers le haut
Le lingot a clôturé vendredi à 4.661,60 dollars l’once, en hausse de 1,9 % sur la séance, portant à trois semaines consécutives de progression. Sur un mois, le gain atteint 13 %, et 7,8 % depuis le début de l’année. L’indice de force relative, à 70,5, suggère néanmoins une configuration surachetée, qui pourrait favoriser des replis techniques à court terme sans remettre en cause la tendance de fond.
Le cours demeure encore 17 % sous son record absolu de 5.586,20 dollars touché le 29 janvier, tandis que l’écart avec le plus bas annuel de 3.326,50 dollars (21 août 2025) se creuse à 40 %. Les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz et les négociations américano-iraniennes dans l’impasse continuent de soutenir le statut de valeur refuge, rappellent les stratèges de la DZ Bank.
Côté industrie, les signaux restent positifs : Newmont a fait état d’une production attribuable de 1,3 million d’onces au deuxième trimestre, assortie d’un flux de trésorerie disponible record de 2,2 milliards de dollars. Equinox Gold a, pour sa part, obtenu le feu vert définitif du Bureau of Land Management pour son projet South Railroad au Nevada, qui devrait produire en moyenne 130.000 onces par an à compter de 2028.
Les opérateurs guetteront désormais la publication des prix PCE américains le 26 août, puis le symposium de Jackson Hole du 27 au 29 août — deux rendez-vous susceptibles d’orienter les anticipations de taux et, par ricochet, la trajectoire du métal jaune. La réunion de la Fed en septembre constituera l’étape suivante.
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