La stratégie de BYD ressemble de plus en plus à un jeu d’échecs joué sur plusieurs échiquiers à la fois. Pendant que le géant chinois déploie ses pions au Japon avec un petit véhicule taillé pour les ruelles étroites de l’archipel, il pousse simultanément ses tours en Asie du Sud-Est et avance ses pièces les plus prestigieuses sur le marché domestique. Une démonstration de force tous azimuts qui laisse pourtant les investisseurs remarquablement froids.
Le Racco, pari gagnant dans l’archipel nippon
Le succès le plus inattendu vient du Japon, où le Racco — un kei-car électrique développé spécifiquement pour ce marché exigeant — a dépassé le millier de commandes en quelques semaines seulement. Le cap des 1.002 unités était déjà franchi le 9 août, soit avant l’échéance initiale de deux semaines fixée par le constructeur. Détail révélateur : la version haut de gamme a représenté 80 % des réservations, selon des informations relayées par la presse.
Ce démarrage encourageant n’est pas anodin. La catégorie des kei-cars est l’un des segments les plus disputés du pays, historiquement dominé par les constructeurs locaux comme Suzuki ou Daihatsu. L’entreprise vise désormais 10.000 unités écoulées d’ici fin 2026. Fort de ce premier signal, BYD entend porter son réseau de distribution japonais d’environ 80 points de vente actuellement à 100 d’ici la fin de l’année, puis à 120 à l’horizon 2027.
Chengdu, vitrine d’une gamme qui s’étire du compact au luxe
Sur le front intérieur, l’ouverture du salon de l’automobile de Chengdu, jeudi, sert de rampe de lancement à une cascade de nouveautés. La troisième génération du SUV Tang y fait ses débuts, avec une autonomie pouvant atteindre 850 kilomètres. Dans le même temps, la limousine phare Da Han entre en précommande : sa batterie autorise jusqu’à 1.008 kilomètres d’autonomie et son empattement dépasserait même celui de la Mercedes-Benz S-Klasse, selon des informations rapportées par Bloomberg.
La sous-marque Fang Cheng Bao a, elle, ouvert les carnets de commandes dès mercredi pour les sportives Formula S et Formula S GT, affichées entre 230.000 et 280.000 yuans. Cette densité de lancements traduit une volonté claire : occuper le plus grand nombre possible de segments, du micro-citadin à la berline de standing, en passant par le SUV familial.
L’export comme moteur, la Chine comme boulet
Les chiffres de vente publiés pour juillet dessinent un tableau contrasté. Les 419.211 véhicules à énergie nouvelle écoulés dans le monde représentent une hausse de 21,76 % sur un an — le troisième mois consécutif de croissance annuelle et le meilleur mois de l’année en cours. À l’international, la performance frise le record : 179.841 voitures et pick-up vendus hors de Chine, soit un bond de 124,3 % par rapport à juillet 2025. Les ventes à l’étranger ont ainsi pesé près de 43 % du volume total mensuel.
Mais sur les sept premiers mois de l’année, le cumul des ventes de véhicules à énergie nouvelle ressort à environ 2,23 millions d’unités, en repli de 10,54 % par rapport à la même période de l’an dernier. Le trou d’air se comble toutefois progressivement : la contraction atteignait encore 15,72 % à la fin du premier semestre.
Le chemin vers l’objectif annuel de 5 à 5,5 millions de véhicules reste escarpé. Après les 1,81 million d’unités écoulées au premier semestre, le constructeur devrait écouler en moyenne quelque 530.000 véhicules par mois d’ici décembre pour espérer toucher la borne basse de sa fourchette cible. Un rythme soutenu, que l’offensive commerciale au Japon, en Chine et en Asie du Sud-Est devra contribuer à tenir.
La Malaisie, nouvelle porte d’entrée vers l’ASEAN
L’expansion asiatique ne se limite pas à l’archipel nippon. BYD a signé avec son partenaire malaisien Bus Cap un protocole d’accord prévoyant l’assemblage et la fabrication locale d’autobus électriques. L’usine envisagée à Perak devrait couvrir la localisation des produits, la distribution, le marketing et le service après-vente, avec la Malaisie comme tremplin pour pénétrer plus largement l’Asie du Sud-Est.
Un titre qui ne décolle pas
La Bourse, elle, n’a pas l’air de partager l’enthousiasme opérationnel. L’action a clôturé à 9,98 euros, en hausse de 1,1 % sur la séance, et se situe environ 4,6 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours. Sur la semaine, le gain atteint 2,3 %, mais le titre accuse toujours un repli de 6,7 % depuis le 1er janvier. Surtout, il reste distancé d’environ 25 % par rapport à son plus haut sur 52 semaines, touché à 13,23 euros en août de l’année dernière.
Le constructeur élargit par ailleurs son horizon technologique au-delà de l’automobile. Un robot humanoïde baptisé « Xiao Di » doit être présenté en août dans les centres d’expérience de la marque. Ce modèle de service, haut d’1,61 mètre pour 58,5 kilos et doté de 31 degrés de liberté, illustre l’ambition du groupe de diversifier ses activités — sans pour autant, pour l’instant, convaincre les investisseurs de réviser leur jugement.
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