Le fabricant de puces mémoire a dévoilé jeudi la création de Micron Research Labs à Boise, dans l’Idaho, un centre de recherche dédié qui doit recevoir 10 milliards de dollars sur dix ans. L’établissement, présenté comme le premier du genre aux États-Unis, réunira clients, universités, agences publiques et acteurs de la filière semiconducteurs autour des technologies de stockage, des infrastructures de calcul et des procédés d’assemblage de nouvelle génération.
L’initiative s’inscrit dans une stratégie d’investissement massive : elle complète le programme de 250 milliards de dollars déjà engagé dans la production américaine, censé générer quelque 90 000 emplois. Sanjay Mehrotra, le directeur général, a résumé l’ambition en une formule : « L’avenir de l’IA américaine sera bâti sur de la mémoire fabriquée en Amérique. » Jensen Huang, patron de Nvidia, apporte son soutien aux nouvelles technologies de mémoire. Le projet fait également écho au fonds Micron Ventures de 250 millions de dollars, lancé il y a à peine plus d’une semaine pour investir dans la prochaine génération de l’IA.
La thèse d’un cycle brisé
Au-delà du laboratoire, c’est le discours de Mehrotra sur la fin du cycle boom-bust qui anime les investisseurs. L’intelligence artificielle aurait « totalement transformé » la dynamique historique du secteur : la demande des centres de données excéderait l’offre de 50 %, et les serveurs d’IA consommeraient jusqu’à huit fois plus de DRAM que les serveurs classiques. Pour verrouiller cette demande, Micron a signé des contrats de cinq ans avec plus de 16 clients, un dispositif qui affaiblit l’argument traditionnel des surcapacités cycliques.
Le directeur financier Sumit Sadana a renforcé cette lecture lors d’un forum de KeyBanc Capital Markets : le cycle actuel, porté par un déploiement de l’IA encore embryonnaire, s’annonce plus tendu en 2027 qu’en 2026. Il a fait état d’une marge opérationnelle de 81 % et d’une marge brute jugée « exceptionnellement robuste », sans perspective de fin de la pénurie d’offre.
Un parcours boursier en dents de scie
La nouvelle a été saluée par un gain de 4,0 % à 835,30 euros dans la journée de mercredi, après une première réaction de 3,0 % à 827,20 euros jeudi. La semaine avait pourtant été mouvementée : mardi, le titre gagnait 2,58 % sur des perspectives favorables à l’IA, avant de chuter de 5,12 % mercredi après le dépôt par Netlist de nouvelles plaintes en contrefaçon devant la Commission du commerce international des États-Unis et un tribunal de district californien. Les brevets contestés concernent les modules DDR5 RDIMM et MRDIMM, avec des demandes d’interdiction d’importation et de vente aux États-Unis.
Depuis le début de l’année, l’action affiche une progression de 231 % (228 % selon les données de clôture de jeudi), et de 722 % sur douze mois. Elle reste néanmoins 2,1 % sous sa moyenne mobile à 50 jours de 845,07 euros, tout en présentant un écart de 67 % par rapport à sa moyenne à 200 jours de 496,48 euros. Le titre se situe 24 % sous son plus haut annuel de 1 103,80 euros, avec un RSI de 53,8 – ni suracheté, ni survendu – et une volatilité annualisée de 95 %.
Des signaux contradictoires côté initiés
Les mouvements des dirigeants tempèrent l’euphorie. Sumit Sadana a cédé mardi 15 000 actions pour environ 14 millions de dollars, réduisant sa participation de 7,28 % à 191 021 titres. Sanjay Mehrotra a, pour sa part, vendu des paquets d’actions dans le cadre d’un plan de négociation automatisé, la dernière opération fin juillet entre 906,48 et 956,18 dollars par action – des ventes planifiées qui ne sont généralement pas interprétées comme un signal de défiance.
L’investisseur Stanley Druckenmiller a, lui, soldé sa position au deuxième trimestre 2026, après une hausse de plus de 300 % du titre au premier semestre. Un choix d’autant plus notable qu’il avait qualifié de « erreur » son retrait précoce de Nvidia. Sa décision illustre le dilemme des investisseurs face à une valorisation exigeante : la capitalisation atteint 880,85 milliards d’euros.
Des objectifs qui divisent les analystes
Les bureaux d’études restent néanmoins confiants. Bank of America a réaffirmé le 17 août sa recommandation d’achat avec un objectif de cours de 1 144 dollars et des revenus de 377,3 milliards de dollars attendus pour l’exercice 2030, contre un consensus de 280,5 milliards. La banque voit le bénéfice par action dépasser 230 dollars à cet horizon. UBS, par la voix de Timothy Arcuri, vise 1 625 dollars. CLSA perçoit également une opportunité d’achat, tablant sur une pénurie d’offre jusqu’en 2027-2028, avec un marché mondial du stockage estimé à 1 300 milliards de dollars en 2027.
Pour le quatrième trimestre de l’exercice 2026, Micron a anticipé dans une communication obligatoire de juin un chiffre d’affaires de 50,0 milliards de dollars, plus ou moins 1,0 milliard, une marge brute d’environ 86 % et un bénéfice dilué par action de 30,73 dollars, plus ou moins 1,00 dollar, selon les normes GAAP.
L’équation reste délicate : l’investissement de 10 milliards dans la recherche fondamentale, adossé à des contrats pluriannuels et à une pénurie d’offre qui pourrait s’étendre jusqu’en 2028, plaide pour une thèse structurelle solide. Mais les ventes d’initiés et une progression de plus de 700 % en un an imposent une certaine discipline sur les points d’entrée. Micron devrait rester un bénéficiaire central de la mémoire pour l’IA – à condition que la réalité des prochains trimestres confirme les promesses du carnet de commandes.
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