La stratégie de BYD tient en un paradoxe saisissant : jamais le constructeur chinois n’a affiché une telle vigueur à l’international, et jamais son titre n’a semblé aussi indifférent à ces succès. Le géant de Shenzhen multiplie les records d’exportation, les ouvertures de marchés et les lancements de modèles, mais l’action demeure engluée à environ 25 % sous son sommet annuel.
Les Philippines, vitrine d’une croissance exponentielle
Le patron de BYD, Wang Chuanfu, a personnellement effectué le déplacement cette semaine à Manille pour arpenter les concessions et les bornes de recharge du réseau local. Un investissement symbolique : le pays, où le groupe est présent depuis 2023, est devenu l’un des relais de croissance les plus spectaculaires du constructeur. BYD Cars Philippines a écoulé 26.122 véhicules en 2025, soit une progression de 446 % sur un an, tandis que les ventes de modèles électriques ont bondi de 132,7 % au premier semestre, à 31.381 unités.
Le réseau compte désormais 81 points de vente et quatre showrooms Denza, avec l’ambition d’ajouter une vingtaine d’adresses supplémentaires d’ici la fin de l’année. Les véhicules à énergie nouvelle représentent 22,3 % des immatriculations neuves dans l’archipel, portés par des exonérations fiscales sur les voitures électriques importées. Le partenaire de recharge ACMobility exploite pour sa part plus de 200 stations dans le pays.
L’étranger compense un marché intérieur en berne
Ce dynamisme extérieur n’a rien d’anecdotique : il constitue désormais le principal moteur du groupe. Sur les sept premiers mois de l’année, les ventes domestiques de BYD ont chuté de 35 %, quand les livraisons à l’export ont grimpé de 79 %. Un contraste saisissant avec un marché chinois qui traverse une passe difficile — juillet a marqué le dixième mois consécutif de baisse des ventes de voitures particulières, avec un recul de 20 % à 1,47 million d’unités.
Les exportations automobiles chinoises, elles, s’envolent : +88 % à 923.000 véhicules. Les marques du pays contrôlent désormais 16 % du marché européen, et environ un quart du segment électrique. Pour BYD, cette bascule se traduit aussi dans les volumes : le groupe a livré 411.072 véhicules en juillet, en hausse de 20,5 % sur un an, malgré un repli de 30,9 % des ventes intérieures.
Cap sur l’Amérique latine et l’Europe de l’Est
L’offensive sud-américaine illustre cette détermination. Le 13 août, l’usine de Changzhou a expédié vers le Chili un chargement record de 1.918 véhicules à énergie nouvelle — la plus importante livraison jamais réalisée vers ce pays. Santiago s’est fixé pour objectif de ne vendre que des voitures zéro émission d’ici 2035, un cadre réglementaire dont BYD entend profiter : le groupe vise plus de 10.000 unités écoulées au Chili d’ici fin 2026.
Au Brésil, le constructeur pousse la décarbonation des poids lourds avec un tracteur électrique de 60 tonnes destiné dans un premier temps aux opérations portuaires. Équipé de la batterie Blade LFP, il accepte une puissance de charge allant jusqu’à 360 kilowatts. Une production locale reste conditionnée à la demande — et à l’obtention des crédits Finame, qui exigeraient un taux d’intégration locale de 60 %.
L’Europe n’est pas en reste. L’usine de Szeged, en Hongrie, dont l’investissement avoisine quatre milliards d’euros, doit entrer en production au quatrième trimestre avec une capacité annuelle de 150.000 véhicules. Une manière de contourner les éventuelles restrictions de l’UE, où une loi industrielle adoptée en mars pourrait imposer des plafonds de propriété aux fabricants étrangers.
Le Japon, nouveau champ de bataille
Le constructeur s’attaque également au marché nippon avec un véhicule léger au format kei-car, affichant 320 kilomètres d’autonomie pour un prix d’environ 2,145 millions de yens. Le segment représente près de 40 % des ventes de voitures neuves au Japon, mais l’électrique n’y pèse qu’environ 3 %. Nissan a déjà riposté en proposant des offres subventionnées sur sa Sakura, signe que la menace est prise au sérieux par les constructeurs locaux.
Une salve de nouveautés aux ambitions contrastées
Sur le front des modèles, BYD prépare le lancement de sa limousine phare Da Han, dévoilée en précommande le 21 août au salon de Chengdu. Ce véhicule de 5,3 mètres revendique jusqu’à 1.008 kilomètres d’autonomie en cycle CLTC dans sa version électrique, avec une puissance culminant à 570 kilowatts en transmission intégrale et une recharge de 10 à 97 % en neuf minutes. Le prix devrait avoisiner 44.490 dollars.
La marque premium Denza poursuit sa montée en gamme : le SUV N8, dans sa configuration à batterie de 130,15 kWh, atteint 1.003 kilomètres d’autonomie selon le cycle chinois — des valeurs réalistes de 750 à 850 kilomètres en usage quotidien. La version haut de gamme à trois moteurs développe 890 kilowatts, soit environ 1.193 chevaux. En juillet, Denza a livré 19.196 véhicules, en hausse de 68,8 % sur un an, malgré un léger tassement séquentiel.
Tous les lancements ne rencontrent pas le même succès. Le fastback électrique Song L GT fait son retour sur le marché chinois après plus d’un an d’absence, mais ses performances passées laissent perplexe : entre janvier et mai 2026, seules 981 unités ont trouvé preneur, un effondrement de 88,9 % par rapport à l’année précédente. La version remaniée espère inverser la tendance grâce à la batterie Blade 2.0, qui se recharge de 10 à 97 % en neuf minutes, et au système d’assistance à la conduite DiPilot 5.0.
Un titre qui reste dans l’expectative
En Bourse, la réaction demeure mesurée. L’action évoluait autour de 9,88 à 9,89 euros en début de semaine, gagnant environ 1 % sur la séance — mais affichant toujours un repli de 7,6 % sur un an et se situant près d’un quart sous son plus haut de 52 semaines, établi à 13,23 euros fin août.
La question qui taraude les investisseurs est simple : l’expansion internationale suffira-t-elle à compenser les faiblesses du marché intérieur et les contre-performances de certaines gammes ? Avec une conjoncture chinoise morose — investissements en berne et ventes au détail décevantes en juillet —, l’équation reste délicate. BYD avance sur tous les fronts, du kei-car japonais au poids lourd brésilien, mais la Bourse, elle, attend de voir.
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