Le constructeur chinois BYD vient de franchir un cap décisif dans sa conquête de l’archipel indonésien. Après l’inauguration officielle de son usine de Subang, le groupe a purement et simplement cessé d’importer des véhicules entièrement montés (CBU) dans le pays, basculant intégralement sur une production locale à partir de kits CKD. Une décision dictée par les exigences réglementaires locales en matière de valeur ajoutée nationale, qui illustre la nouvelle donne à laquelle sont confrontés les constructeurs chinois sur les marchés émergents.
Un pari industriel de 16 milliards de roupies
Le complexe de Subang, édifié sur 126 hectares, affiche une capacité annuelle de 150.000 unités et constitue le treizième site de production mondial du groupe. Quatre modèles y sortent déjà des chaînes : les Atto 1, M6, M6 DM et la berline de luxe Denza D9. L’investissement total dans l’écosystème indonésien atteint désormais 16 billions de roupies, un engagement massif qui témoigne de l’importance stratégique de ce marché pour le constructeur de Shenzhen.
Les premiers résultats sont au rendez-vous. Depuis son entrée sur le marché au début de l’année 2024, BYD a livré plus de 100.000 véhicules en Indonésie, dont 32.800 entre janvier et juillet derniers. La marque y revendique environ 35 % de parts de marché, appuyée par un réseau de plus de 100 points de vente et de service.
Le contraste saisissant entre l’export et le marché domestique
Cette bascule industrielle s’inscrit dans un mouvement plus large qui redessine le profil du groupe. Les chiffres d’août sont éloquents : les ventes à l’étranger ont atteint 189.466 unités, un record historique en hausse de 134,45 % sur un an. Sur les huit premiers mois de l’année, les ventes cumulées à l’international s’élèvent à 1.162.260 véhicules, soit une progression de 85,72 %, portant la part des marchés extérieurs à 43,56 % du total des ventes de véhicules à énergie nouvelle (43,03 % selon les données d’août).
Par contraste, le marché chinois, lui, s’essouffle sérieusement. Les ventes domestiques ont reculé de 32,72 % sur la période janvier-août, à 1.505.755 unités. En août, la baisse atteignait encore 14,34 % par rapport au même mois de l’année précédente, malgré une légère amélioration en rythme mensuel.
Au total, le groupe a écoulé 440.293 véhicules à énergie nouvelle en août, un record mensuel en hausse de 17,84 %, marquant le quatrième mois consécutif de croissance. Les seuls véhicules 100 % électriques ont représenté 256.230 unités, également un sommet historique, et pèsent désormais 59,1 % des ventes de voitures particulières dans le segment NEV, contre 53,7 % un an plus tôt.
Sur l’ensemble des huit premiers mois, les ventes cumulées atteignent 2.668.015 unités, en repli de 6,84 % par rapport à 2024. Mais le rythme de la contraction s’atténue nettement : le recul était encore de 15,72 % au premier semestre. La tendance suggère que le creux est probablement derrière nous, les gains réalisés à l’export compensant de plus en plus la déconfiture du marché intérieur.
Un titre boudé malgré les progrès opérationnels
Cette dynamique opérationnelle peine pourtant à convaincre les investisseurs. L’action BYD évolue à 9,45 euros, en repli de 7,3 % sur les trente derniers jours. Depuis le début de l’année, le titre abandonne 12 %, et l’écart avec le sommet des cinquante-deux semaines – 12,49 euros, touché début octobre – atteint 24 %. Sur douze mois, la dépréciation se chiffre à 17 %.
Le titre évolue sous l’ensemble de ses moyennes mobiles, avec un écart de 9,2 % par rapport à la moyenne à 200 jours. L’indice RSI, à 40,1, n’indique pas une situation de survente, mais plutôt une dynamique baissière persistante, sans signe de retournement imminent.
Cette défiance s’explique en partie par la faiblesse persistante du marché chinois, où le constructeur continue de perdre du terrain malgré ses succès à l’export. Le chantier indonésien illustre également un paradoxe : les marchés porteurs imposent désormais des contraintes réglementaires et des investissements locaux substantiels avant de se traduire en chiffres de ventes.
Une offensive produit qui se poursuit
Parallèlement, BYD élargit sa palette. La marque premium Denza doit lancer en septembre le N8L, une variante 100 % électrique de son grand SUV six places, sans que le prix ni l’autonomie n’aient encore été dévoilés. Le groupe poursuit aussi le déploiement de son réseau de recharge rapide en Chine : 10.000 stations flash étaient opérationnelles fin août, avec un objectif de 20.000 d’ici la fin de l’année.
Pour les actionnaires, la question centrale demeure : la dynamique exportatrice, aussi vigoureuse soit-elle, suffira-t-elle à compenser durablement l’affaissement du marché domestique ? L’usine de Subang apporte un début de réponse – BYD verrouille méthodiquement ses positions hors de Chine, tant sur le plan des produits que de la production locale. Une nécessité stratégique qui se mue progressivement en impératif vital.
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