La biotech franco-autrichienne avance sur deux fronts simultanément. D’un côté, l’horizon réglementaire s’éclaircit avec la validation européenne du dossier vaccin anti-Lyme et l’autorisation brésilienne du candidat contre le chikungunya. De l’autre, les comptes semestriels continuent de creuser leur déficit, obligeant le groupe à serrer la vis sur ses coûts. Cette dualité n’a jamais été aussi visible qu’en cette fin d’été.
Le Brésil ouvre une nouvelle porte
C’est un succès discret mais stratégique. La version du vaccin contre le chikungunya, produite localement par l’Instituto Butantan et commercialisée sous la marque « Butantan-chik », a reçu en mai l’aval des autorités sanitaires brésiliennes. Pour un groupe en pleine réorganisation industrielle, ce feu vert sud-américain démontre que la pipeline sait produire des résultats en dehors de la très médiatisée collaboration avec Pfizer sur la maladie de Lyme.
Deux études cliniques consacrées au candidat vaccin S4V2 sont par ailleurs en cours : une phase 2 évaluant sécurité et immunogénicité chez les nourrissons, ainsi qu’une phase 2b d’exposition humaine sponsorisée par LimmaTech Biologics AG. Les données de ces deux essais sont attendues au troisième trimestre — un rendez-vous qui promet d’animer la communication du groupe dans les prochaines semaines.
Une perte semestrielle qui interpelle
Le redressement de la structure de coûts n’a pas encore produit ses effets sur le résultat net. La perte semestrielle s’est creusée à 63,3 millions d’euros, contre 20,8 millions d’euros un an plus tôt. Le chiffre d’affaires, lui, a reculé de 32,6 % à 65,8 millions d’euros, sous l’effet conjugué d’éléments exceptionnels, du retrait de la distribution de produits tiers, d’un nouveau partenaire commercial en Allemagne et d’un échelonnement des livraisons d’Ixiaro au ministère américain de la Défense.
La marge brute s’est également contractée, pénalisée par des volumes de vente et de fabrication plus faibles, tandis que des charges non récurrentes — coûts liés à la résiliation de contrats autour d’IXCHIQ et dépréciations de stocks — ont alourdi la facture. Les analystes tablaient sur une perte par action de 0,19 dollar ; le groupe a publié un déficit de 0,40 dollar. Le chiffre d’affaires trimestriel de 39,37 millions de dollars est également passé sous la prévision de 44,17 millions.
Malgré ces déconvenues, la direction maintient sa prévision de ventes produits entre 135 et 150 millions d’euros pour l’exercice, tout en conservant une trésorerie de 121,5 millions d’euros à fin juin.
La restructuration s’accélère
Pour tenir ces objectifs, Valneva a engagé un vaste plan d’économies : suppression de postes, recentrage des activités de recherche et simplification des processus mondiaux. La cession du site de Nantes à la métropole pour 6,2 millions d’euros, dont la finalisation était attendue en septembre, s’inscrit dans cette logique de désendettement. Une opération presque symbolique au regard de l’ampleur des pertes, mais qui témoigne d’une volonté de préserver les liquidités.
Un titre entre deux eaux
Le marché, lui, peine à trancher. Après avoir bondi de 33 % en trente jours, l’action évolue autour de 2,98 euros — encore 6,5 % sous sa moyenne mobile à 200 jours. Le titre reste très éloigné de son plus haut annuel de 5,34 euros atteint début octobre, tout en se maintenant environ 45 % au-dessus du plancher de 2,03 euros touché en juillet.
La validation par l’EMA de la demande d’autorisation du vaccin anti-Lyme, intervenue voilà une dizaine de jours, avait offert un répit de 7,2 % au cours. Les données de phase 3 montrant une efficacité supérieure à 70 % nourrissent l’espoir d’un produit à fort potentiel commercial. De quoi éclipser temporairement les faiblesses opérationnelles.
First Berlin a d’ailleurs réitéré sa recommandation d’achat le 1er septembre, tout en ramenant son objectif de cours de 4,50 à 4,40 euros, invoquant des prévisions de bénéfices 2026 revues à la baisse et un endettement net en hausse. Une position qui résume bien le paradoxe Valneva : les analystes croient à l’histoire de long terme mais se méfient de l’équilibre financier à court terme.
Le registre des droits de vote publié vendredi fait état de 189.771.237 actions ordinaires et 204.364.085 droits de vote au 31 août, dont certains suspendus, tandis que des droits de vote doubles ont été attribués sur 831 titres entre le 1er et le 21 août. Une formalité administrative, certes, mais qui rappelle que la base actionnariale s’élargit alors que la valeur fondamentale reste à démontrer.
Entre le catalyseur Lyme, les données S4V2 attendues et la nécessaire maîtrise des coûts, l’équation valneva reste celle d’une biotech dont le destin se jouera sur sa capacité à transformer les promesses réglementaires en revenus durables.
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