La nouvelle est passée presque inaperçue derrière la publication des comptes semestriels, mercredi dernier. DroneShield a pourtant franchi une étape industrielle majeure : son site de production européen, fort de 3 000 mètres carrés, a commencé à sortir ses premiers équipements dès juin 2026, selon les déclarations du dirigeant Angus R. Bean. Une capacité de fabrication qui tombe à point nommé pour un groupe dont les commandes s’accumulent à un rythme soutenu.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le chiffre d’affaires du premier semestre 2026 a bondi de 74 % pour atteindre 125,8 millions de dollars australiens, un sommet historique. La croissance est telle que la question n’est plus de trouver des clients, mais de pouvoir les livrer dans les délais. D’où l’urgence de monter en puissance sur le Vieux Continent.
Un carnet de commandes qui rassure
Le groupe australien de lutte anti-drones a réitéré sa prévision de ventes annuelles comprise entre 250 et 270 millions de dollars australiens. Mieux : au 21 août, pas moins de 240 millions de dollars australiens de revenus étaient déjà sécurisés, soit l’essentiel de la fourchette visée. Le management anticipe par ailleurs 43 millions de dollars australiens supplémentaires de contrats pour 2027 et au-delà.
Cette visibilité exceptionnelle s’accompagne d’une transformation du modèle économique. Les revenus récurrents ont grimpé de 229 % sur la période, à 11,5 millions de dollars australiens, représentant désormais 9,2 % du chiffre d’affaires total contre environ 3 % un an plus tôt. La base installée d’équipements pilotés par logiciel atteindrait 4 100 unités, signe d’une stratégie qui s’éloigne des ventes ponctuelles pour épouser des flux de revenus plus prévisibles.
Côté bilan, la solidité financière ne fait aucun doute : 180 millions de dollars australiens de trésorerie et dépôts à terme au 30 juin, et zéro endettement. Une réserve qui permet à l’entreprise d’aborder sereinement les turbulences réglementaires.
L’ASIC, ombre persistante sur le titre
Car c’est bien là que le bât blesse. DroneShield a confirmé coopérer avec l’ASIC, le gendarme financier australien, dans le cadre d’une enquête portant sur ses communications à l’ASX et ses activités de trading remontant à novembre 2025. Cette procédure pèse comme une hypothèque sur la confiance des investisseurs, au point d’éclipser la performance opérationnelle.
Les comptes semestriels ont d’ailleurs ravivé les inquiétudes : malgré des revenus records, le groupe a essuyé une perte nette statutaire de 32,2 millions de dollars australiens, contre un bénéfice de 2,1 millions un an plus tôt. La perte d’EBITDA ajusté ressort à 12,4 millions de dollars australiens. Une dégradation qui a immédiatement été sanctionnée par le marché, les médias financiers australiens pointant du doigt ce passage dans le rouge.
Le titre évolue ainsi à 1,07 euro vendredi soir à la clôture, après un rebond de 2,6 % sur la séance. Mais sur trente jours, la chute atteint 23 %, et le recul depuis le début de l’année frôle les 41 %. Par rapport au sommet historique de 3,79 euros touché le 1er octobre, l’action accuse un repli de 72 %. Le cours se situe environ 15 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, témoignant d’une fragilité technique persistante.
RfRecon, le catalyseur attendu
Pour inverser la tendance, DroneShield mise sur sa nouvelle génération de produits. Les systèmes RfRecon et RfAI-3, lancés en juillet 2026, doivent entrer en production en série au second semestre, avec des premières livraisons espérées d’ici la fin de l’année. La plateforme RfRecon devrait générer ses premiers revenus dans les prochains mois.
Les priorités de la direction pour la deuxième partie de l’exercice sont claires : tenir la guidance annuelle, restaurer la marge brute et expédier les premières unités de cette nouvelle plateforme. L’usine européenne, elle, doit garantir que la demande puisse être satisfaite sans goulet d’étranglement.
Reste à savoir si ces éléments suffiront à dissiper le malaise. Tant que l’enquête de l’ASIC n’aura pas rendu ses conclusions, elle constituera le principal frein à une reprise durable du titre, quelle que soit la qualité des résultats opérationnels. Les investisseurs, eux, attendent des preuves tangibles : des livraisons effectives d’ici décembre et des marges qui se redressent.
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