Pour la première fois de son histoire, BYD tire plus de la moitié de ses revenus de l’étranger. Un basculement symbolique, rendu public il y a quelques semaines à l’occasion des comptes semestriels, qui consacre la mue d’un constructeur longtemps dépendant de son immense marché intérieur. Sur les six premiers mois de l’année, 53 % du chiffre d’affaires a été réalisé hors de Chine, tandis que les ventes domestiques reculaient de 31 %.
Ce changement de centre de gravité ne relève pas de l’anecdote. Il intervient au moment où le marché chinois traverse une zone de turbulences : les immatriculations de véhicules de tourisme ont chuté de 24 % en août, et le cumul annuel affiche un repli de plus de 20 %. La question qui taraude désormais les investisseurs n’est plus de savoir si le groupe de Shenzhen va croître, mais si son expansion à l’étranger suffira à compenser l’érosion de ses marges en Chine.
Un semestre solide, une rentabilité sous surveillance
Les chiffres publiés pour le premier semestre témoignent de cette tension. BYD a dégagé un bénéfice net de 12,33 milliards de yuans pour un chiffre d’affaires total de 344,82 milliards de yuans. La marge reste donc exposée à la guerre des prix qui fait rage sur le sol chinois. Les recettes à l’export, elles, ont bondi de 34 % sur la période, à 181,3 milliards de yuans.
Le management, cité par les analystes de Deutsche Bank, table sur un volume de ventes à l’international de 1,9 à 2 millions de véhicules en 2026, bien au-delà du 1,3 million encore évoqué en janvier. Pour 2027, l’objectif affiché dépasse même 2,5 millions d’unités. Un rythme ambitieux, qui repose sur la montée en puissance de plusieurs sites industriels : l’usine hongroise doit démarrer l’assemblage en novembre ou décembre, celle d’Indonésie est déjà en phase de lancement, et le site brésilien approche d’une capacité de 300 000 véhicules par an.
L’argument des partisans du dossier tient en une idée simple : les marchés étrangers offrent des prix moyens supérieurs à ceux pratiqués en Chine, où les rabais font loi. Si ce déplacement se confirme, la marge du groupe pourrait s’améliorer à moyen terme, même avec une Chine atone. L’élargissement de la gamme, avec le SUV Sealion 08 ou la déclinaison électrique du Denza N8L, viendrait renforcer cette diversification.
Batteries et réglementation : les deux cailloux dans la chaussure
Le tableau n’est toutefois pas sans zones d’ombre. Un carnet de commandes d’environ 250 000 unités portant sur les modèles à charge rapide reste bloqué, selon Deutsche Bank, par des goulets d’étranglement dans la production de la batterie Blade 2, et ce jusqu’au début 2027. Autrement dit, une croissance théorique qui ne peut pas encore se transformer en livraisons.
À ce frein industriel s’ajoute une pression réglementaire nouvelle. Le ministère du Commerce, le ministère de l’Industrie et l’autorité de surveillance des marchés ont publié la semaine dernière de nouvelles lignes directrices encadrant les activités des constructeurs chinois à l’étranger. Au menu : respect des règles sur les investissements hors des frontières, contrôles renforcés en matière de droit de la concurrence, de lutte contre la corruption et de responsabilité sociale. Reuters a explicitement présenté ces mesures comme une réponse à l’expansion mondiale effrénée du secteur, menée en premier lieu par BYD.
Le texte ne prévoit aucune sanction immédiate ni restriction nommément ciblée. Le message adressé à la filière n’en est pas moins limpide : la croissance à l’export devra désormais s’inscrire plus strictement dans le cadre fixé par l’État. Les autorités chinoises mettent d’ailleurs en garde contre les baisses de prix fréquentes ou brutales à l’export, et BYD s’est engagé à s’y conformer — ce qui pourrait brider précisément le levier qui a permis aux constructeurs chinois de gagner des parts de marché.
Un contexte d’exportation record
Cette attention accrue de Pékin s’explique par l’ampleur du phénomène. Les exportations chinoises de véhicules de tourisme ont grimpé de 77,5 % sur un an en août, à 894 000 unités, tandis que la demande intérieure restait atone pour le onzième mois consécutif. Plus le secteur dépend de l’export, plus l’État entend regarder de près comment cet export est organisé.
La concurrence ne faiblit pas pour autant : cette rallye profite aussi à des rivaux comme Chery et Geely, ce qui pourrait accentuer la pression sur les prix, y compris hors de Chine. Le constructeur reconnaît par ailleurs que ses capacités de transport ont limité ses exportations cette année — signe que la demande étrangère dépasse ce qu’il est actuellement en mesure de livrer.
Le marché reste circonspect
En Bourse, la prudence domine. Le titre évolue autour de 8,71 à 8,75 euros, soit environ 30 % en dessous de son plus haut sur douze mois de 12,49 euros, atteint début octobre. Le recul de 8,5 % en sept jours traduit la manière dont les investisseurs accueillent les nouvelles exigences de conformité, malgré des résultats opérationnels solides. Sur douze mois, la baisse atteint 25 %, et le cours se situe 16 % sous sa moyenne mobile à 200 jours. L’indice RSI, à 27,7, signale un territoire survendu, non loin du plus bas annuel de 8,03 euros.
Deux scénarios se dessinent. Si les ventes à l’étranger poursuivent leur trajectoire et que les usines hongroise, indonésienne et brésilienne montent en régime comme prévu, la thèse d’une marge soutenue par l’international pourrait redonner de l’élan au titre. À l’inverse, un blocage de l’approvisionnement en batteries pour les modèles à charge rapide ou un durcissement des règles d’exportation plus fort que prévu entretiendrait la défiance des dernières semaines.
Le démarrage de la production en Hongrie, annoncé pour novembre ou décembre, constituera le premier test concret. S’il est tenu dans les temps, il offrira un premier signal tangible sur la crédibilité des objectifs de 2027. Reste à savoir si les nouvelles orientations de Pékin se traduiront par de simples principes ou par de véritables obstacles à l’installation de sites à l’étranger — auquel cas BYD pourrait devoir revoir ses ambitions à la baisse, alors que les contraintes logistiques pèsent déjà sur ses livraisons.
Publicité
Actions BYD: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de BYD et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de BYD entièrement gratuite : En savoir plus ici !

