Jamais BYD n’avait assemblé autant de véhicules électrifiés, jamais ses ventes à l’étranger n’avaient été aussi élevées. Pourtant, les comptes du constructeur chinois virent au rouge : au premier trimestre 2026, le bénéfice net a chuté de plus de la moitié, tandis que le titre reste englué très loin de ses sommets. L’écart se creuse entre la machine industrielle et la réalité financière.
Le 8 juillet 2026, BYD a franchi le cap des 17 millions de véhicules à énergie nouvelle produits depuis ses débuts. Le jalon a été atteint dans l’usine de Xi’an, où un Seal 08 est sorti des chaînes. Entre le 16‑millionième et le 17‑millionième exemplaire, seuls 82 jours se sont écoulés – soit une cadence moyenne de plus de 12 000 unités par jour, un rythme inédit dans l’industrie automobile mondiale.
Le Seal 08, vendu en Chine entre 196 900 et 239 900 yuans, incarne la vitrine technologique du groupe : il embarque la deuxième génération de la batterie Blade ainsi que la charge ultra‑rapide « Flash Charging ». Cinq minutes suffisent pour passer de 10 à 70 % de batterie, neuf minutes pour atteindre 97 %. Même par – 30 °C, l’opération ne prend que trois minutes de plus. L’autonomie atteint 905 kilomètres selon le cycle CLTC. À bord, le système d’assistance « Tianshenzhi Eye B » avec lidar, la suspension pilotée Yunnian‑A et le train arrière directeur complètent la dotation.
Les performances à l’exportation confirment la domination de BYD. En juin, le constructeur a écoulé 170 897 véhicules hors de Chine, soit 34,2 % de l’ensemble des exportations chinoises de NEV, selon la China Passenger Car Association. Tesla China n’a expédié que 36 171 unités (7,2 %). Chery (73 819, + 177,8 %) et Geely (61 550, + 713,2 %) progressent vite mais restent loin derrière. Au premier semestre 2026, BYD a vendu 1 808 511 véhicules au total, dont 789 367 à l’étranger – un bond de 68 % par rapport à la même période de 2025. À l’échelle nationale, les exportations chinoises de véhicules ont franchi pour la première fois la barre du million d’unités en juin (1,04 million, + 75,1 %), et les NEV ont bondi de 160 % à 523 000 exemplaires.
Le marché intérieur, en revanche, donne des signes d’essoufflement. Lors de la première semaine de juillet, la vente au détail de NEV a reculé de 9 % à 103 000 unités, avec un taux de pénétration de 60,5 %. La CPCA invoque la Coupe du monde de football, la chaleur et une guerre des prix persistante. Sur l’ensemble du premier semestre 2026, les ventes au détail cumulées atteignent 4,81 millions d’unités, soit 14 % de moins qu’un an plus tôt.
Pour s’adapter à ce contexte, BYD mène désormais une stratégie de gamme différenciée entre la Chine et l’étranger. Le Sealion 7 a été retiré du catalogue chinois mais reste un best‑seller en Australie. L’Atto 3 cède la place, sur le marché domestique, à une version agrandie et à propulsion du Yuan Plus, tandis que l’ancienne génération continue d’être exportée. Le Sealion 6 et le Seal classique ne sont plus vendus en Chine, remplacés par le Seal 08. La marque premium Denza illustre elle aussi l’écart de prix : le Z9GT coûte environ 115 000 euros en Europe, bien moins en Chine. BYD était présent pour la troisième année consécutive au Festival de Goodwood, où le Denza Z – supercar à trois moteurs développant jusqu’à 1 604 ch et abattant le 0 à 100 km/h en 1,96 seconde en version course – a fait ses débuts. Au Royaume‑Uni, le modèle sera proposé entre 142 900 et 172 900 livres. BYD y prévoit 300 stations de charge ultra‑rapide d’ici fin 2026.
Le contraste avec les chiffres financiers est frappant. Selon le portail taïwanais Apollo News, la capitalisation boursière de BYD a fondu d’environ 800 milliards de yuans entre le pic de mars et la fin juin 2026, le titre étant tombé sous les 79 yuans à certaines séances. En 2025, le bénéfice net du groupe avait déjà reculé de 18,97 %, à 32,6 milliards de yuans, pour 4,6 millions de véhicules vendus. Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires a diminué de 11,82 % à 150,2 milliards de yuans, et le bénéfice net s’est effondré de 55,38 % à 4,085 milliards de yuans. Le cash‑flow opérationnel a quasiment été divisé par deux, à 59,14 milliards de yuans, tandis que les stocks ont atteint un record de 160,4 milliards de yuans. Plus de quatre concessionnaires sur dix seraient déficitaires. Le ratio cours/bénéfice est tombé d’environ 249 à 10, signe d’une sévère correction des anticipations.
À la Bourse de Francfort, l’action BYD a clôturé à 9,58 euros vendredi, en hausse de 3,01 % sur la séance. Sur la semaine, le gain est modeste (+ 0,47 %), et sur trente jours quasi nul (+ 0,05 %). Depuis le début de l’année, le titre recule de 12,55 % ; sur douze mois, la perte atteint 26,87 %. Il reste 35,27 % en dessous du plus haut des 52 dernières semaines (14,80 euros en juillet 2025) et 19,29 % au‑dessus du plus bas (8,03 euros fin juin 2026). Le cours évolue sous la moyenne mobile à 50 jours (9,76 euros) et nettement sous celle à 200 jours (10,70 euros). La capitalisation boursière s’élève à 84,19 milliards d’euros, pour une volatilité annualisée sur trente jours de 41,67 %.
Le PDG Wang Chuanfu, lui, maintient le cap. BYD vise à devenir d’ici 2030 le premier constructeur automobile mondial en volume. D’ici fin 2026, 20 000 stations de charge ultra‑rapide doivent être déployées dans toute la Chine. Par ailleurs, 3,15 millions de véhicules BYD déjà en circulation sont équipés de fonctions de conduite intelligente, une base de données que le groupe utilise pour développer les systèmes de niveau L3 et L4. Autant d’ambitions qui contrastent avec la réalité d’un marché chinois atone et d’une rentabilité en berne.
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