L’action Nvidia a clôturé la séance de vendredi à 184,60 euros, bondissant de 4,04 % sur la journée et de 7,34 % sur la semaine. Ce regain s’inscrit dans une dynamique plus large que le simple marché des puces : le groupe est en train de se muer en architecte d’une nouvelle infrastructure industrielle mondiale. Le signal le plus fort est venu non pas de Nvidia elle-même, mais de son fournisseur clé, le sud-coréen SK Hynix, qui a fait ses débuts au Nasdaq en levant environ 26,5 milliards de dollars – le plus gros IPO américain jamais réalisé par une entreprise étrangère, pour une valorisation proche de 1 000 milliards de dollars.
SK Hynix détient 56,4 % du marché de la mémoire à large bande passante (HBM), composant essentiel des futures architectures Vera Rubin de Nvidia, dont la livraison est prévue au troisième trimestre 2026. Ce bond du marché prouve à quel point les capitaux affluent autour de l’écosystème Nvidia, bien au-delà de son seul bilan. La demande pour les puces Blackwell continue de dépasser l’offre, et le groupe prépare déjà la génération suivante : une plateforme complète de « Data-Center Stack », intégrant CPU, gestion énergétique et batteries. Nvidia a d’ailleurs désigné Fluence Energy comme partenaire exclusif pour les batteries de l’architecture DSX Vera Rubin, offrant deux à trois heures de capacité tampon.
Parallèlement, le marché de la « Physical AI » – la robotique et l’automatisation – croît de 34 % par an et devrait atteindre 38 milliards de dollars fin 2026. Nvidia entend en être le socle. La vision du patron Jensen Huang, qui consiste à « posséder toute la pile », se traduit par une intégration verticale qui va de la production de semi-conducteurs à la gestion des réseaux électriques.
Du côté technique, l’action se situe 1,87 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours, avec un RSI modéré de 58,6 – ce qui laisse de la marge sans signal de surachat. Elle est 12,02 % au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, avec une volatilité annualisée à 30 jours de 36,42 %. L’objectif de cours moyen des analystes est de 264,03 euros, soit un potentiel de hausse d’environ 43 % par rapport au niveau actuel. Sur un an, le titre affiche une progression de 31,16 %, pour une capitalisation de 4 170,04 milliards d’euros.
Mais un point d’interrogation reste en suspens : la Chine. Le département américain au Commerce a autorisé une dizaine d’entreprises chinoises – dont Alibaba, Tencent et ByteDance – à acheter le puce H200, dans la limite de 75 000 unités par client. Pourtant, aucune livraison n’a encore eu lieu. Le dossier est coincé dans un no man’s land juridique entre la rivalité technologique américano-chinoise et les nouvelles réglementations chinoises sur les chaînes d’approvisionnement. Jensen Huang a confirmé, lors de la NVIDIA GTC 2026, que des commandes ont été reçues et que la production pour ce marché a repris, mais aucun chiffre d’affaires chinois n’a été comptabilisé à ce jour.
Pour le deuxième trimestre de l’exercice 2027, Nvidia prévoit un chiffre d’affaires de 91,0 milliards de dollars (plus ou moins 2 %), sans aucune contribution chinoise issue du Data Center. Au dernier trimestre, le groupe a réalisé 81,61 milliards de dollars de ventes (+85,2 % sur un an), dont 75,25 milliards pour le seul segment Data Center (+92 %). Le bénéfice net a atteint 58,32 milliards de dollars, plus du triple de l’année précédente. Les engagements de livraison s’élèvent à 119,0 milliards de dollars.
Si les expéditions vers la Chine démarrent effectivement au cours du trimestre en cours, elles constitueront un pur bonus pour une guidance qui les exclut. Le scénario baissier, lui, met en garde contre un enlisement réglementaire prolongé, alors que la part de marché de Nvidia en Chine est déjà tombée de 95 % à « zéro » selon Huang. Bernstein estime qu’elle pourrait encore reculer, de 66 % en 2024 à environ 8 % dans les années à venir, au profit de concurrents locaux comme Huawei.
La prochaine échéance concrète est la publication des résultats du deuxième trimestre fiscal 2027. Ce qui comptera ne sera pas le nombre de commandes, mais bien les volumes d’expédition effectifs vers la Chine. En attendant, l’action profite de la confiance placée dans les fondations industrielles que Nvidia édifie au-delà des seuls semi-conducteurs.
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