La semaine qui s’ouvre pour DroneShield s’annonce décisive. Entre un rapport trimestriel attendu le 3 juin et les séquelles d’une assemblée générale houleuse, le spécialiste australien de la lutte anti-drone doit prouver que son essor commercial suffira à étouffer les remous de gouvernance. Depuis le début de l’année, ses encaissements clients bondissent pourtant de 360 % sur un an, à 77,4 millions de dollars australiens au premier trimestre 2026, tandis que le chiffre d’affaires du trimestre atteint 74,1 millions. Mais la défiance des actionnaires a laissé des traces.
Une rentabilité enfin au rendez-vous, mais un management sous pression
L’exercice 2025 avait marqué un tournant. Le chiffre d’affaires annuel a grimpé à 216,5 millions AUD, soit une progression de 276 % par rapport à l’exercice précédent. Pour la première fois, DroneShield a dégagé un bénéfice net de 3,52 millions AUD et un EBITDA opérationnel de 36,5 millions. La trésorerie, sans aucune dette, s’établit à 223 millions AUD, tandis que les fonds propres culminent à 336,6 millions.
Ces performances n’ont pourtant pas apaisé les actionnaires. Lors de l’assemblée générale, 50,51 % des voix ont rejeté le rapport sur les rémunérations, déclenchant le mécanisme de first strike prévu par le droit australien. Si un second rejet survient lors de la prochaine assemblée, le conseil d’administration tout entier pourrait être soumis à un vote de destitution. Par ailleurs, la ratification de l’émission d’options au directeur général Angus Bean n’a été adoptée qu’avec 55,80 % des suffrages, un score qui traduit un soutien chancelant. Seule l’élection de Hamish McLennan à la tête du conseil a recueilli une large majorité (82,43 %). La décision d’augmenter le plafond de rémunération des administrateurs non-dirigeants à 1,7 million AUD est également passée sans encombre.
Un carnet de commandes solide, des projets d’envergure
Sur le plan opérationnel, le message reste résolument offensif. Le carnet de commandes confirmé pour l’exercice 2026 s’élève déjà à 161 millions AUD, soit 61 % de plus qu’à la même période un an plus tôt et l’équivalent de 74 % du chiffre d’affaires total de l’exercice 2025. Depuis janvier, 68 millions de nouvelles commandes ont été engrangées, portées par des réapprovisionnements et un gros contrat. Treize projets dépassent désormais le seuil de matérialité interne de 20 millions AUD, dont le plus important culmine à 730 millions. La pipeline globale, évaluée à environ 2,3 milliards AUD au second semestre 2025, devrait continuer à s’étoffer, un contrat militaire européen de 61,6 millions AUD signé mi-2025 servant de modèle pour d’autres marchés.
Les revenus récurrents issus des abonnements SaaS représentent 13 % du carnet actuel. L’objectif stratégique est de porter cette part à 30 % d’ici 2030, ce qui constituerait un levier pour viser un milliard de dollars australiens de chiffre d’affaires annuel. Au premier trimestre, les abonnements ne comptaient que pour 6,9 % du chiffre d’affaires, mais le management mise sur une accélération progressive.
Capacité industrielle, réglementation et enquête en suspens
Pour accompagner la demande, DroneShield investit massivement dans ses capacités de production. L’objectif est d’atteindre une capacité annuelle de 2,4 milliards AUD d’ici la fin 2026, contre 500 millions actuellement. Des sites dédiés sont en cours de déploiement aux États-Unis et en Europe ; la production européenne a démarré en mars 2026, avec des premières livraisons attendues pour le milieu de l’année. À moyen terme, deux vents porteurs soufflent sur le secteur : l’OTAN prévoit de constituer un pool de fournisseurs de systèmes anti-drones d’ici mi-2026, tandis qu’aux États-Unis, le Safer Skies Act pourrait ouvrir l’accès à des clients institutionnels supplémentaires.
En parallèle, une enquête de l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) se poursuit, portant sur des communications de l’entreprise datant de novembre 2025 et sur des ventes d’actions réalisées alors par trois anciens dirigeants pour un montant total d’environ 70 millions AUD. DroneShield dit avoir renforcé sa conformité et coopère pleinement avec le régulateur.
Le verdict du marché dans les prochains jours
En Bourse de Francfort, le titre s’échange actuellement à 2,04 euros, soit environ 44 % en dessous du sommet d’octobre (3,65 euros) mais tout de même en hausse de 175 % sur douze mois. La capitalisation atteint 3,13 milliards AUD, pour un ratio cours/bénéfice forward de 73,9 pour l’exercice 2026 – un niveau qui ne tolère aucun ralentissement du chiffre d’affaires. Le RSI ressort à 43,8, la volatilité annualisée dépasse 55 %.
Le rapport trimestriel du 3 juin livrera les premiers indicateurs sur la transformation des commandes en facturations et sur la progression des abonnements. Il dira surtout si le momentum opérationnel est assez puissant pour reléguer au second plan les tensions actionnariales et les épées de Damoclès réglementaires.
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