Alors que Micron annonçait vouloir porter ses investissements américains de 200 à 250 milliards de dollars pour répondre à la demande explosive de puces mémoire liées à l’IA, l’action s’enfonce dans une correction de 28 % depuis son sommet de juin. Le paradoxe est frappant : jamais le groupe n’a investi autant, jamais le titre n’a reculé si vite sur une telle période. À la clôture de mercredi, l’action cédait 8,25 % à 790,40 euros, soit 900,78 dollars sur le marché américain, effaçant 94 milliards de dollars de capitalisation en une seule séance.
L’élément déclencheur ? L’arrivée imminente d’un concurrent chinois sur le marché des DRAM. ChangXin Memory Technologies (CXMT) prévoit d’entrer en Bourse le 27 juillet sur le STAR Market de Shanghai. Le groupe ambitionne de lever 8,5 milliards de dollars, soit près du double de son objectif initial, pour une valorisation implicite supérieure à 80 milliards. En un an, CXMT est devenu le quatrième fabricant mondial de DRAM, avec une part de marché de 8 % au premier trimestre, contre environ 22 % pour Micron. La menace est prise au sérieux : Apple teste déjà des puces chinoises pour certains appareils commercialisés en Chine, et le constructeur automobile Nio a révélé une participation de 23,3 millions de dollars dans CXMT.
Pourtant, le danger immédiat est tempéré par les sanctions américaines, qui interdisent à CXMT l’accès aux équipements de pointe nécessaires à la production de mémoire haute performance pour serveurs d’IA. Ce segment, le plus lucratif, reste l’apanage de Micron et des deux coréens SK Hynix et Samsung. L’analyste Donnie Teng (Nomura) juge la réaction du marché excessive. La demande portée par l’IA et les investissements cloud des géants technologiques absorbera sans difficulté la capacité apportée par CXMT, estime-t-il. Le vrai point d’interrogation porte sur les capacités futures, pas sur le trimestre en cours.
Les résultats publiés par Micron pour le troisième trimestre fiscal 2026 confortent en tout cas les fondamentaux : le chiffre d’affaires a bondi de 346 % à 41,46 milliards de dollars, le bénéfice par action ajusté ressort à 25,11 dollars, la marge brute GAAP atteint 85 %. La direction anticipe un chiffre d’affaires de 50 milliards de dollars au quatrième trimestre, avec une marge d’un milliard dans les deux sens. L’écart entre l’offre et la demande de DRAM et NAND reste « notablement » positif, selon le management, qui table sur des conditions tendues jusqu’après 2027.
Malgré ces chiffres, le marché ajuste son enthousiasme. L’action a chuté de 28,39 % depuis le plus haut annuel de 1 103,80 euros touché le 25 juin. Le RSI, à 43,9, n’indique pas de situation de survente, mais la volatilité annualisée sur 30 jours dépasse 110 %, signe d’une nervosité extrême. Michael Burry a constitué une position put sur Micron le 1er juillet, avec un strike proche de 1 051,87 dollars. Sur Polymarket, 99 % des participants voient le titre finir la séance du 15 juillet en baisse, et 72 % anticipent un cours inférieur à 840 dollars en juillet.
Les analystes restent pourtant confiants. KeyBanc a relevé son objectif de cours de 1 600 à 1 750 dollars, citant une hausse attendue des prix du DRAM de 15 à 20 % au troisième trimestre, suivie de 15 % supplémentaires au quatrième. L’objectif moyen des analystes s’établit à 1 299,95 euros, bien au-dessus du cours actuel. La question qui demeure : la frénésie de juin était-elle excessive ? Ou bien la correction de juillet offre-t-elle une opportunité dans un marché structurellement porteur ? La réponse viendra avec la publication du quatrième trimestre, où le management devra démontrer la résilience de ses prévisions face à l’émergence du géant chinois.
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