La contradiction semble frappante : alors que Micron anticipe des hausses de prix vertigineuses pour ses puces mémoire – 15 à 20 % pour la DRAM ce trimestre, 30 à 40 % pour la NAND, et même 100 à 150 % pour les HBM au premier trimestre 2027 par rapport à l’année précédente – le titre n’a toujours pas retrouvé son sommet de juin. À 858 euros sur le marché francfortois, l’action accuse encore un retard de 22 % sur le record de 1 103,80 euros du 25 juin. Le RSI, à 49, et la volatilité annualisée de 110 % trahissent un marché qui cherche sa direction, partagé entre l’euphorie des perspectives et la prudence des sommets manqués.
Les performances chiffrées donnent le vertige. Sur douze mois, Micron s’adjuge 744 % de hausse, et 219 % depuis le début de l’année. À Francfort, le cours oscille entre 858 et 861 euros, après avoir touché un plus bas annuel à 90,64 euros en août 2025. La valeur évolue 5,5 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours et 107 % au-dessus de celle à 200 jours, sans pour autant basculer en zone de surachat. L’écart entre le record de 1 255 dollars américains atteint le 25 juin et le récent repli sous les 1 000 dollars illustre la nervosité ambiante, même si le rebond de ces derniers jours (clôture Nasdaq à 983,12 dollars, +4,92 %) a redonné un peu d’air.
La mémoire HBM, nouvelle clé de voûte
Si Micron suscite un tel enthousiasme, c’est avant tout grâce à sa place centrale dans l’écosystème de l’intelligence artificielle. Le groupe livre déjà ses HBM3E pour les accélérateurs H200 et Blackwell de Nvidia, et a entamé en mars 2026 l’expédition des HBM4 destinés à la plateforme Vera-Rubin. Mieux : la totalité de la capacité HBM pour l’année 2026 a été vendue par avance, une première dans l’industrie. Le marché du High-Bandwidth Memory, estimé à 4 milliards de dollars en 2023, devrait atteindre 30,4 milliards en 2030. Les prix des HBM pourraient doubler d’ici 2027, tandis que le PDG Sanjay Mehrotra assure que la demande dépassera l’offre au‑delà de 2027. L’analyste de KeyBanc, John Vinh – classé 68e sur plus de 12 300 analystes suivis par TipRanks avec un taux de réussite de 64 % – a relevé son objectif de cours à 1 750 dollars, soit un potentiel de 87 % par rapport au dernier cours américain.
Investissements massifs et carnet de commandes historiques
Pour soutenir cette dynamique, Micron mise sur une enveloppe de 250 milliards de dollars d’investissements aux États‑Unis d’ici 2035, une annonce qui avait dopé l’ensemble du secteur le 14 juillet. Le constructeur a par ailleurs conclu 16 accords stratégiques avec des clients, assortis de dépôts cumulés de 22 milliards de dollars, et destinés à générer plus de 100 milliards de dollars de revenus sur trois à cinq ans. Un accord à long terme avec Ford est venu renforcer ce tableau au début du mois. La demande dépasse l’offre, et les contrats pluriannuels offrent à Micron une visibilité inédite dans un secteur historiquement cyclique.
Des résultats financiers qui confirment le virage
Opérationnellement, le troisième trimestre fiscal 2026 a vu les revenus bondir de 345,8 % sur un an, à 41,46 milliards de dollars. Le bénéfice par action de 25,11 dollars a dépassé le consensus de 3,72 dollars. Pour le quatrième trimestre, le groupe table sur un BPA compris entre 30 et 32 dollars. La marge brute a atteint un niveau record, et le capitalisation boursière frôle désormais les 969 milliards d’euros. Malgré la frénésie, Micron continue de verser un dividende trimestriel de 0,15 dollar par action (ex‑date le 6 juillet, paiement le 21 juillet), signe que la gestion financière reste prudente.
Des ventes d’initiés qui tempèrent l’enthousiasme
En mai, le directeur général Sanjay Mehrotra a cédé 40 000 actions à 536,26 dollars, et l’administrateur Steven J. Gomo a vendu 2 000 titres à 787,03 dollars. Au total, les dirigeants se sont séparés de 163 300 actions pour environ 152,7 millions de dollars sur le dernier trimestre. Ces cessions n’ont cependant pas entamé la confiance des analystes : 89 % des 45 spécialistes couvrant la valeur recommandent l’achat, avec un consensus « Strong Buy » et un objectif de cours moyen oscillant entre 1 268,93 dollars (MarketBeat) et 1 563,93 dollars (TipRanks), quand KeyBanc fixe la barre à 1 750 dollars. Le ratio cours/bénéfice, inférieur à 22, reste modéré au regard de la croissance affichée.
Le spectre de la surcapacité plane
Pourtant, des nuages s’accumulent à l’horizon. La concentration de la demande HBM sur quelques clients, Nvidia en tête, expose Micron à un risque brutal en cas de ralentissement des commandes. Surtout, le débat fait rage sur la nature de ce cycle : s’agit‑il d’un supercycle structurel ou simplement d’une phase d’euphorie prolongée, avant que les nouvelles capacités de production mises en chantier dans le monde entier ne viennent inverser la tendance ? Micron a gagné en visibilité grâce à ses contrats pluriannuels, mais l’histoire de la mémoire a montré que les déséquilibres finissent toujours par se corriger. En attendant, la volatilité à 110 % et le recul de 8,24 % du titre sur trente jours rappellent que le marché continue de peser chaque indice avec une nervosité extrême.
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