Pour la première fois, l’or détrône les obligations d’État américaines comme premier actif de réserve au niveau mondial. Selon les dernières données du World Gold Council, le métal jaune pèse désormais 27 % des réserves de change, contre 22 % pour les Treasuries. Ce chamboulement structurel intervient alors que l’once vient d’effacer une partie de ses pertes récentes : elle a rebondi de 1,48 % mardi, à 4 067,50 dollars, après un plus bas de deux semaines.
L’élément déclencheur de ce sursaut vient de Washington. Le département du Travail a publié les prix à la consommation de juin, qui ont réservé une surprise de taille. L’indice a reculé de 0,4 % sur un mois, soit la baisse la plus marquée depuis avril 2020. En glissement annuel, l’inflation est tombée à 3,5 %, bien en deçà des 3,8 % attendus et des 4,2 % du mois précédent. L’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) s’est établie à 2,6 %, contre 2,9 % anticipé.
Cette détente a immédiatement calmé les anticipations de durcissement monétaire. Les rendements des emprunts d’État américains ont baissé, rendant l’or – actif sans rendement – plus attractif. Pourtant, le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, campe sur une ligne stricte. Lors de son audition devant la Chambre des représentants, il a prévenu qu’il ne fallait « pas crier victoire trop tôt » contre l’inflation et a promis un changement de régime dans la lutte contre la hausse des prix. Les marchés intègrent toujours une probabilité de 58 % d’une nouvelle hausse des taux en septembre.
À cette tension monétaire s’ajoute une poussée géopolitique majeure. Les États-Unis ont imposé un blocus naval aux ports iraniens, et Téhéran a riposté par des frappes de missiles contre des bases américaines en Jordanie et à Bahreïn. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est au cœur de la crise. Le pétrole brut (Brent et WTI) a bondi, attisant les craintes d’un regain inflationniste. Mais pour l’instant, l’effet positif des données d’inflation a pris le pas sur les inquiétudes liées à l’énergie.
Les banques centrales, quant à elles, poursuivent leur réallocation massive. La Chine a acheté 15 tonnes d’or supplémentaires en juin, portant à vingt le nombre de mois consécutifs d’acquisitions. L’Inde a réduit ses avoirs en bons du Trésor américain à 181 milliards de dollars en un an, tandis que ses réserves d’or sont montées à 881 tonnes. Une enquête du World Gold Council révèle que 45 % des banques centrales prévoient d’augmenter encore leurs stocks d’or l’an prochain, et 74 % s’attendent à un recul de la part du dollar dans les réserves mondiales.
Sur le plan technique, la situation reste ambiguë. L’once oscille entre le support des 4 000 dollars et la résistance des 4 100 dollars. Le RSI à 41,9 points indique une zone neutre, mais le cours évolue 10,40 % sous sa moyenne mobile à 200 jours (4 539,72 dollars) et sous celle à 50 jours (4 345 dollars). La volatilité à 30 jours demeure élevée, à 28,40 %. Le plus haut annuel de 5 626,80 dollars, atteint fin janvier, est désormais à 27,71 % de distance.
Face à ce cocktail de forces contradictoires, les analystes ajustent leurs prévisions. JPMorgan a abaissé ses objectifs : 4 300 dollars en moyenne pour le troisième trimestre, 4 500 dollars pour le quatrième. Auparavant, la banque envisageait 6 000 dollars d’ici la fin de l’année. Elle justifie ce revirement par le risque de statistiques américaines robustes et de hausses de taux plus précoces. À plus long terme, la demande des banques centrales, l’endettement public élevé et les tensions géopolitiques devraient pourtant continuer de soutenir l’or au-delà de 2026, la demande mondiale ayant déjà atteint un record de 5 000 tonnes en 2025.
En attendant, la barre des 4 000 dollars reste le seuil à défendre. Si elle tient, l’appétit des institutions publiques pourrait fournir un plancher solide. Une cassure au-dessus des 4 100 dollars raviverait en revanche les signaux d’achat. Le métal jaune évolue ainsi dans une fourchette étroite, suspendu entre une désinflation temporaire, un conflit brûlant et un banquier central inflexible.
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