Jamais le contraste n’a été si net entre la performance opérationnelle d’un spécialiste de la lutte anti-drones et la défiance qui l’entoure sur les marchés. DroneShield figure désormais parmi les dix sociétés les plus shortées à la Bourse australienne (ASX), avec une position vendeuse atteignant 11,4 % du capital. Pourtant, le groupe australien n’a jamais affiché une santé commerciale aussi éclatante.
Au premier trimestre de l’exercice 2026, le chiffre d’affaires a doublé pour s’établir à 74 millions de dollars australiens. Sur l’ensemble de l’exercice 2025, la progression atteint 276 %, à 216,5 millions AUD. Et pour l’année en cours, DroneShield dispose déjà d’un carnet de commandes fermes de 154,8 millions AUD, contre 94,4 millions un an plus tôt. Le cash-flow opérationnel est repassé dans le vert, la trésorerie est abondante et l’entreprise ne porte aucune dette.
Le levier le plus prometteur reste les logiciels. Les revenus récurrents des abonnements ont triplé, à près de 5 millions AUD, et la direction vise une part de 30 % du chiffre d’affaires total à l’horizon 2030. Pour alimenter la croissance, DroneShield a aussi noué un partenariat technologique avec Overland AI, tandis que son pipeline mondial compte 312 projets, d’une valeur cumulée de 2,2 milliards de dollars, avec l’Europe et le Royaume-Uni comme premiers marchés.
Mais à la cote, ces bonnes nouvelles sont éclipsées par une enquête réglementaire et un actionnariat qui vacille. Le 12 mai 2026, l’ASIC, le gendarme boursier australien, a ouvert une investigation portant sur d’éventuels délits d’initiés commis par d’anciens administrateurs en novembre 2025. Le montant des cessions suspectes atteindrait 70 millions de dollars. DroneShield assure coopérer pleinement, mais aucun verdict n’a encore été rendu. Dans la foulée, Citigroup s’est retiré début juin du capital, accentuant la pression vendeuse.
Les vendeurs à découvert, justement, exploitent ce flou juridique. Leur offensive a été renforcée par l’attribution, début juin, d’un contrat de 25 millions de dollars américains avec le ministère de la Défense américain (Joint Interagency Task Force 401) – une annonce qui est passée quasi inaperçue en Bourse. Le titre cote aujourd’hui autour de 1,75 euro, soit une chute de près de 19 % en un mois. Techniquement, le RSI oscille entre 34,7 et 35,3 points, frôlant la zone de survente, et le cours évolue très loin sous sa moyenne mobile à 50 jours (2,11 euros) comme sous sa moyenne à 200 jours.
Le prochain rendez-vous est fixé au 26 août 2026, avec la publication des résultats semestriels. D’ici là, deux inconnues pèseront sur DroneShield : l’issue de l’enquête de l’ASIC et la capacité du groupe à transformer son gigantesque pipeline en commandes fermes. Tant que le brouillard réglementaire persiste, les fondamentaux solides peinent à convaincre les investisseurs.
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