L’action DroneShield traverse une zone de turbulences sans précédent. Alors que le groupe australien spécialisé dans la lutte anti-drones aligne des succès commerciaux éclatants – contrat d’une taskforce américaine, présence sécuritaire lors de la Coupe du monde de la FIFA 2026 –, le marché lui inflige une déroute boursière sévère. Vendredi, le titre a encore cédé 7,18 % à 1,30 euro, portant la dégringolade à près de 25 % en un mois. Un plongeon qui place la valeur en territoire profondément survendu, avec un RSI à 14 jours de 32,9.
Une pression baissière historique venue des hedge funds
Paradoxalement, la chute du cours attise l’appétit des vendeurs à découvert. La part des actions empruntées pour être vendues à découvert atteint 12,84 % au 13 juillet 2026, soit son plus haut niveau depuis un an. Avec environ 118,7 millions de titres shortés pour un nominal de quelque 254 millions de dollars australiens, DroneShield se hisse au troisième rang des valeurs les plus attaquées de la Bourse australienne, derrière Lotus Resources (22,80 %) et Domino’s Pizza (13,84 %). Un scepticisme que partage Jefferies : l’analyste Will Richardson a réduit son objectif de cours de 27 %, à 2,05 dollars australiens, tout en maintenant une recommandation « vendre ». Le bureau d’études a abaissé ses estimations de chiffre d’affaires 2026-2028 d’environ 9 % et celles de bénéfice par action de 5 à 16 %.
L’enquête de l’ASIC, épée de Damoclès
Ce pessimisme trouve un solide ancrage dans les démêlés réglementaires en cours. L’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) examine toujours les communications de DroneShield du 1er au 20 novembre 2025, ainsi que les transactions sur le titre entre le 6 et le 12 novembre. L’affaire fait suite à la publication d’un contrat américain d’environ 7,6 millions de dollars finalement retiré, et à des ventes d’initiés avoisinant 70 millions de dollars. La société a promis sa coopération, mais ne sait pas si la procédure débouchera sur des sanctions. Cette incertitude nourrit la défiance des institutionnels, qui préfèrent miser sur la baisse du titre plutôt que sur son potentiel de rebond. Même le concurrent Electro Optic Systems, dont la shortquote s’élève à 6,44 %, reste loin derrière.
Une machine commerciale qui tourne à plein régime
Pourtant, sur le plan opérationnel, DroneShield affiche une santé insolente. Après avoir bondi de 57 à 217 millions de dollars australiens de chiffre d’affaires entre 2024 et 2025, l’entreprise a décroché une commande majeure d’une taskforce gouvernementale américaine, assortie d’un acompte de 19,3 millions de dollars australiens et d’options pour 5,6 millions supplémentaires. Son carnet de commandes dépasse les 2,5 milliards de dollars australiens, et les dépenses annuelles de R&D franchissent 50 millions. Les effectifs, déjà passés de 450 à plus de 550 employés, continueront de grossir. Un recrutement pour un poste de business development manager au Brésil signale par ailleurs une volonté d’expansion géographique.
Le scénario d’un short squeeze reste plausible
Malgré ce tableau flatteur, la structure du chiffre d’affaires laisse les ours sur leur faim : 91 % des ventes proviennent encore du matériel, contre seulement 5 % d’abonnements récurrents. Néanmoins, les revenus récurrents représentaient déjà 13 % des recettes fermes de 2026 à la fin mai. Si un nouveau contrat de grande ampleur venait à être confirmé, les vendeurs à découvert pourraient être contraints de se couvrir brutalement, provoquant un classique short squeeze. Le marché en est conscient : la volatilité à 30 jours frôle les 70 %, et le titre s’échange 23,29 % en dessous de sa moyenne mobile à 50 jours (1,69 euro) et 32,90 % sous celle à 200 jours (1,94 euro). À 1,30 euro, le cours se situe à 64 % de son plus haut annuel de 3,65 euro atteint en octobre 2025.
Rendez-vous le 26 août pour le prochain catalyseur
En attendant, tous les regards se tournent vers la publication des résultats semestriels, prévue le 26 août 2026, qui couvrira la période close au 30 juin. Le marché scrutera chaque ligne avec une attention d’autant plus aiguë que l’enquête de l’ASIC reste ouverte et que la shortquote n’a jamais été aussi élevée. D’ici là, la moindre annonce commerciale – ou l’absence d’annonce – pourrait faire basculer le titre dans un sens ou dans l’autre. Pour les investisseurs, le dilemme est entier : faut-il croire au redressement opérationnel ou redouter la persistance des nuages réglementaires ?
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