La publication semestrielle de DroneShield a laissé les investisseurs sur leur faim, non pas faute de croissance — le chiffre d’affaires a bondi de 74 % — mais parce que la rentabilité continue de se faire attendre. Le titre, qui évolue autour de 1,11 euro, n’a repris que 0,8 % après l’annonce, signe que le marché reste circonspect face à une équation encore non résolue.
Le spécialiste australien de la lutte anti-drones a généré 125,8 millions de dollars australiens de revenus au premier semestre, tout en essuyant une perte nette de 32,2 millions AUD et un déficit opérationnel de 12,4 millions AUD sur la base de l’EBITDA. La marge brute demeure solide, à 60 %, mais les revenus récurrents ne représentent encore que 9,2 % de l’activité, contre 5 % sur l’ensemble de l’exercice précédent. Une progression certes, mais qui traduit une transformation vers le logiciel encore balbutiante, portée par une base installée de plus de 4 100 unités compatibles.
Une pipeline massive pour rassurer
Face à ces chiffres contrastés, la direction met en avant son portefeuille d’opportunités : pas moins de 2,3 milliards AUD de contrats potentiels seraient en jeu à travers le monde. Parmi eux, une opportunité européenne de 750 millions AUD dont l’attribution pourrait être décidée au second semestre 2026. Un contrat de cette ampleur représenterait un accélérateur considérable pour une société dont le chiffre d’affaires semestriel atteint à peine 125,8 millions AUD.
Reste que ces perspectives ne constituent pas des commandes fermes. Entre les lettres d’intention et les revenus effectivement comptabilisés, DroneShield a déjà démontré par le passé que le chemin peut être long. Les investisseurs sont donc invités à lire cette pipeline comme un indicateur de demande, non comme une garantie de résultats.
Le carnet de commandes fermes, lui, s’établit à 240 millions AUD pour l’exercice en cours, selon les données arrêtées au 21 août. Ce montant représente 111 % du chiffre d’affaires total de l’exercice 2025 — de quoi théoriquement dépasser la performance de l’an dernier sans nouvelle signature. La prévision annuelle de 250 à 270 millions AUD est par ailleurs maintenue. Autre signe encourageant : 43 millions AUD de ce volume garanti s’étendent déjà au-delà de l’exercice en cours, suggérant une évolution vers des engagements pluriannuels.
Une rotation géographique qui s’affirme
La répartition des revenus dessine une tendance de fond : l’Europe et le Royaume-Uni ont contribué à hauteur de 52 % du chiffre d’affaires semestriel, tandis que les États-Unis représentent 17 %. Cette bascule vers le Vieux Continent s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement des défenses aériennes face à la menace des drones, porté par les tensions géopolitiques.
Côté produits, DroneShield a dévoilé en août sa plateforme portable de reconnaissance RF, RfRecon, adossée à son moteur maison RfAI-3. Selon la société, elle ne commencera à générer des revenus qu’à partir du second semestre 2026. Entre-temps, plusieurs partenariats ont été conclus ou étendus entre mi- et fin août avec Intelic, Origin Robotics, Overland AI, Terma, Airspace Link, Parsons et Defenture, visant à associer capteurs et plateformes autonomes.
L’ASIC et la dilution en toile de fond
Un dossier continue néanmoins de peser : DroneShield collabore toujours avec le régulateur australien ASIC dans le cadre d’une enquête portant sur ses communications et activités de trading, qui remonte à novembre 2025. Une épée de Damoclès dont l’issue reste imprévisible.
S’ajoute une demande d’admission de près de 1,13 million de nouvelles actions, issues de l’exercice d’options et de la conversion d’instruments obligataires — une source de dilution modérée mais continue.
Avec 180 millions AUD de trésorerie et dépôts à terme, la société ne court aucun risque de liquidité. Le titre, qui accuse un recul de 39 % depuis le début de l’année et évolue environ 18 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, n’est certes pas en situation de panique — le RSI de 39,1 le confirme — mais l’heure n’est pas non plus à l’euphorie.
La question qui dominera les prochains mois est simple : quand la croissance se transformera-t-elle enfin en bénéfices ? Le marché, lui, a déjà commencé à compter.
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