Le lingot évolue autour de 4.600 dollars l’once ce vendredi, à mi-chemin entre un sommet de trois mois touché en début de semaine et une consolidation bienvenue après un mois d’envolée spectaculaire. Car le métal jaune a grimpé d’environ 14 % depuis le début du mois, propulsé par une annonce du Trésor américain : le doublement des rachats d’obligations d’État sur le long de la courbe, soit un programme de 4 milliards de dollars dévoilé lundi par le secrétaire au Trésor Scott Bessent. Un signal que le marché a immédiatement interprété comme inflationniste, poussant l’once au-delà de 4.700 dollars avant un repli technique.
Un appétit officiel sans précédent
Derrière ces mouvements de court terme se dessine une recomposition plus profonde du marché. Le World Gold Council a recensé au deuxième trimestre des achats nets des banques centrales de 288,9 tonnes, en hausse de 62 % par rapport aux 177,9 tonnes de la période correspondante en 2024. Du jamais-vu pour un deuxième trimestre depuis le début de cette enquête. Sur l’ensemble du premier semestre, les institutions officielles ont accumulé 345 tonnes nettes, un rythme certes inférieur à celui de l’an dernier mais qui traduit une accélération marquée entre avril et juin.
La Pologne se distingue comme l’acheteur le plus actif du trimestre avec 51 tonnes, portant ses acquisitions semestrielles à 82 tonnes. Varsovie affiche ouvertement son ambition : constituer des réserves de 700 tonnes d’or. La Chine n’est pas en reste : la banque centrale du pays a ajouté 33 tonnes à ses avoirs au deuxième trimestre, sa plus forte acquisition trimestrielle depuis fin 2023, prolongeant une série ininterrompue de 21 mois. En juillet, Pékin a encore engrangé 20 tonnes, après 15 tonnes en juin.
Cette dynamique n’a rien d’un feu de paille. Le sondage du World Gold Council mené en juin auprès de 74 banques centrales révèle que 45 % d’entre elles envisagent d’accroître leurs réserves d’or dans les douze prochains mois – la proportion la plus élevée depuis 2018. Une autre enquête, portant cette fois sur 76 institutions, indique que 74 % des banques centrales anticipent un recul de la part du dollar dans les réserves mondiales d’ici cinq ans.
Le retour discret des ETF
La demande officielle compense un marché des fonds négociés en bourse longtemps hésitant. Les ETF adossés à l’or physique ont enregistré des sorties nettes de 45 tonnes au deuxième trimestre, principalement depuis l’Amérique du Nord. Le vent a toutefois tourné en juillet : le secteur a attiré 3 milliards de dollars de souscriptions nettes, soit 23 tonnes, portant les avoirs globaux à 4.068 tonnes. Signe ponctuel de cet appétit retrouvé, le SPDR Gold Trust a encaissé à lui seul 637 millions de dollars de flux entrants en une seule séance d’août.
Les grandes banques d’affaires ajustent leurs prévisions en conséquence. Amy Gower, analyste chez Morgan Stanley, a relevé le 21 août son objectif de cours pour 2026 à 4.400 dollars – un niveau déjà dépassé – et vise désormais plus de 5.000 dollars pour 2027, citant la reprise de la demande des ETF et la persistance des achats officiels. TD Securities a confirmé le 25 août une cible de 5.350 dollars, tout en signalant un risque de correction à 4.640 dollars si les chiffres d’inflation américains s’avéraient plus élevés que prévu.
Tous les acteurs ne partagent pas cet enthousiasme. La société d’investissement GMO, dirigée par Jeremy Grantham, a liquidé au deuxième trimestre l’intégralité de sa position dans le producteur minier Barrick Mining – un contrepoint notable à la confiance ambiante sur le métal physique.
L’inflation, les taux et l’offre en toile de fond
La politique monétaire américaine reste l’arbitre ultime des prochaines semaines. Les prix PCE publiés mercredi ont surpris à la hausse : +0,2 % sur un mois et 3,7 % sur un an, avec une inflation sous-jacente à 3,3 %. Malgré ces chiffres robustes, l’outil FedWatch du CME n’attribue que 38 % de probabilité à un nouveau resserrement en septembre. Cette combinaison – une inflation tenace et des anticipations de hausse des taux modérées – préserve l’attrait du lingot, actif sans rendement dont le coût d’opportunité reste limité.
Côté offre, la vigilance s’impose. La production mondiale plafonne à environ 3.300 tonnes par an, pour des réserves économiquement exploitables estimées à 64.000 tonnes. L’étude de S&P Global est éloquente : aucun gisement majeur n’a été découvert entre 2023 et 2024, et seulement six découvertes significatives, totalisant 27 millions d’onces, ont vu le jour depuis 2020.
L’attention se concentre désormais sur deux échéances : le discours de Kevin Warsh au symposium de Jackson Hole, sa première prise de parole publique en tant que président de la Fed, et la réunion du FOMC à la mi-septembre. Les observateurs n’attendent pas d’engagement ferme de la part de Warsh sur la trajectoire des taux ; la véritable inflexion devrait intervenir en septembre. D’ici là, le lingot navigue entre une demande structurelle sans précédent et une consolidation technique qui, après une progression de 9,5 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours, paraît salutaire.
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