Le sort de Valneva se joue désormais sur deux tableaux bien distincts. D’un côté, la biotech française serre la vis sur ses coûts : cession de son site de production de Nantes, réduction des effectifs, concentration de la recherche à Vienne. De l’autre, les investisseurs continuent de miser sur la promesse du vaccin contre la borréliose de Lyme, qui porte à elle seule l’essentiel de la dynamique boursière. Entre ces deux réalités, l’action oscille, portée par l’espoir réglementaire mais freinée par des comptes semestriels en nette détérioration.
Un semestre dans le rouge, des objectifs maintenus
Les chiffres publiés pour le premier semestre 2026 donnent la mesure du défi. Le chiffre d’affaires total s’établit à 65,8 millions d’euros, contre 97,6 millions un an plus tôt. Les ventes de produits, elles, reculent de 91,0 à 64,0 millions d’euros. Dans le même temps, la perte nette s’est creusée à 63,3 millions d’euros, contre 20,8 millions au premier semestre 2025. La perte opérationnelle ajustée (EBITDA) atteint 40,1 millions d’euros.
Le vaccin contre le chikungunya IXCHIQ pèse lourdement dans ce résultat : environ la moitié de la perte opérationnelle semestrielle lui est imputable, grevée par 9,7 millions d’euros de pénalités contractuelles liées à la résiliation de contrats de fabrication et 4,5 millions d’euros de dépréciations de stocks. Malgré ces déconvenues, la direction confirme ses prévisions annuelles : des ventes de produits comprises entre 135 et 150 millions d’euros et un chiffre d’affaires total de 145 à 160 millions d’euros pour 2026.
La trésorerie, elle, offre une relative marge de manœuvre. Elle s’élevait à 121,5 millions d’euros au 30 juin, contre 109,6 millions à la fin 2025. Un niveau que la cession du site de Nantes, conclue pour 6,2 millions d’euros avec Nantes Métropole et dont la finalisation est attendue en septembre, devrait encore conforter.
Le vaccin anti-Lyme, moteur unique de la valorisation
C’est pourtant bien la pipeline qui anime le titre. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a validé début août la demande d’autorisation de mise sur le marché pour le candidat vaccin contre la borréliose de Lyme, développé avec Pfizer sous la dénomination PF-07307405, ouvrant la voie à un examen formel. Pfizer prévoit par ailleurs de déposer une demande auprès de la FDA américaine au second semestre.
Les analystes de Stifel ont réaffirmé mi-août leur recommandation d’achat avec un objectif de cours de 7,50 euros, qualifiant explicitement le programme Lyme de principal moteur de valeur pour l’entreprise, en dépit de la perte semestrielle supérieure aux attentes. First Berlin Equity Research se montre plus prudent : Simon Scholes a réduit son objectif de cours de 4,50 à 4,40 euros, tout en maintenant sa recommandation « Achat », invoquant des estimations de bénéfices revues à la baisse pour 2026 après une marge brute inférieure aux prévisions au deuxième trimestre et un endettement net proforma en hausse.
D’autres avancées ponctuent le calendrier. Au Brésil, le partenaire Instituto Butantan a obtenu l’autorisation pour une version localement produite du vaccin contre le chikungunya, et plus de 50 000 personnes ont déjà été vaccinées dans le cadre d’une campagne pilote. Valneva attend également pour le troisième trimestre une nouvelle commande du département américain de la Défense pour son vaccin contre l’encéphalite japonaise IXIARO, ainsi que les résultats de phase 2 pour son candidat contre la shigellose, S4V2.
Un titre entre deux eaux
Côté Bourse, la volatilité reste le maître mot. L’action, qui évoluait autour de 2,79 à 2,82 euros selon les séances, affiche un repli de 1,3 % à 2,5 % sur les dernières cotations, mais conserve un gain de 27 à 28 % sur trente jours, porté par la dynamique réglementaire autour du vaccin anti-Lyme. Depuis le début de l’année, le titre accuse toutefois un recul d’environ 24 %. L’écart avec la moyenne mobile à 200 jours, située à 3,22 euros, témoigne de la défiance persistante du marché à l’égard de la situation opérationnelle.
La fourchette des 52 semaines, entre 2,03 et 5,34 euros, résume à elle seule le dilemme des investisseurs : une action tiraillée entre la spéculation sur les autorisations réglementaires et la réalité d’un modèle économique encore lourdement déficitaire. La stratégie d’économies, si elle sécurise la liquidité à court terme, ne suffira pas à rassurer durablement les marchés. Seules les données cliniques à venir — celles de la shigellose au troisième trimestre, puis les décisions réglementaires sur le Lyme — pourront trancher.
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