L’assemblée générale annuelle de DroneShield, prévue le 29 mai à Sydney, s’annonce comme un véritable test pour la nouvelle direction. Pour la première fois, le nouveau directeur général Angus Bean et le président entrant Hamish McLennan devront répondre aux actionnaires sur deux fronts : une croissance opérationnelle fulgurante et une enquête réglementaire qui continue de peser sur le titre. Le contraste entre les performances internes et la défiance du marché n’a jamais été aussi marqué.
Sur le plan opérationnel, la machine industrielle tourne à plein régime. Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires a bondi de 121 % pour atteindre 74,1 millions de dollars australiens. La trésorerie s’élève à 222,8 millions, et l’entreprise est totalement endettée. Signe de maturité financière, l’ASX a dispensé DroneShield de l’obligation de publier ses flux de trésorerie trimestriels, après quatre trimestres consécutifs de cash-flow opérationnel positif. Le pipeline de ventes dépasse les 2,2 milliards de dollars, répartis sur plus de 300 projets.
Mais c’est dans la transformation du modèle d’affaires que réside l’ambition stratégique la plus forte. Les revenus d’abonnements logiciels (SaaS) ont bondi de 205 % au cours du trimestre de mars. Leur part dans le chiffre d’affaires total, aujourd’hui d’environ 7 %, doit passer à 30 % à moyen terme. Un cap que la direction considère comme le levier indispensable pour franchir un jour le milliard de dollars de revenus annuels. Pour y parvenir, DroneShield a ouvert un siège européen à Amsterdam et mis en place une ligne de production locale. La capacité de production globale doit passer de 500 millions à 2,4 milliards de dollars, avec les premières unités assemblées sur le continent attendues à la mi-2026. À cela s’ajoutent des catalyseurs externes : un prochain pool de fournisseurs de l’OTAN pour les systèmes antidrones et la loi américaine Safer Skies Act pourraient ouvrir l’accès à des milliers de nouveaux clients parmi les forces de sécurité.
En toile de fond, l’enquête de l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) jette une ombre persistante. Elle porte sur des événements de novembre 2025. Le 10, DroneShield avait annoncé un contrat de 7,6 millions de dollars australiens, puis retiré la communication le jour même en invoquant une erreur administrative – des commandes déjà existantes présentées comme du nouveau business. Or, entre le 6 et le 12 novembre, l’ancien PDG Oleg Vornik, l’ex-président Peter James et le directeur Jethro Marks ont vendu pour 67 à 70 millions de dollars d’actions. L’enquête de l’ASIC couvre la période du 1er au 20 novembre 2025. La société assure que toutes les transactions étaient conformes à ses directives internes, mais le chevauchement temporel avec la communication erronée reste au cœur des soupçons.
La réaction de l’entreprise ne s’est pas fait attendre. Depuis le 8 avril 2026, Angus Bean a pris les rênes en tant que PDG et directeur général. Peter James a quitté la présidence, remplacé le 1er mai par Hamish McLennan, nommé président non exécutif. McLennan connaît bien la croissance exponentielle : il a fait passer la capitalisation de la REA Group de 2 à 20 milliards de dollars. Parallèlement, le conseil a adopté un nouveau système de rémunération liant les packages d’actions à des objectifs ambitieux de chiffre d’affaires : les paliers de 300, 400 et 500 millions de dollars de revenus annuels déclencheront l’acquisition des options accordées au nouveau CEO.
Côté boursier, la défiance reste de mise. L’action cotée à Francfort s’échange à 1,94 euro, soit 47 % en dessous de son plus haut annuel de 3,65 euros. L’indice RSI, à environ 34, signale une zone de survente. Sur un mois, le titre a encore cédé près de 12 %. Les analystes sont divisés : Jefferies recommande de conserver le titre avec un objectif de 3,70 dollars australiens, tandis que Bell Potter l’affirme à l’achat pour une juste valeur de 4,80 dollars.
L’assemblée générale du 29 mai sera donc bien plus qu’une simple formalité. Bean et McLennan devront convaincre que le virage vers le logiciel est sur les rails et que les procédures de gouvernance ont été renforcées. Si les réponses apportées sur l’enquête de l’ASIC et la stratégie SaaS s’avèrent convaincantes, la pression pourrait commencer à s’alléger sur le titre. En attendant, le cours reste suspendu à la clarté réglementaire.
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