Le fabricant australien de systèmes de lutte anti-drones traverse une période charnière. Après une chute brutale déclenchée fin juillet par une révision à la baisse de ses ambitions annuelles, l’action a repris des couleurs avec une vigueur remarquable. Vendredi, le titre a clôturé à 1,37 euro, gagnant 4,07 % sur la séance et 28,90 % sur l’ensemble de la semaine. Malgré cette embellie, le cours demeure inférieur de 8,07 % à sa moyenne mobile des cinquante jours — et très éloigné des sommets atteints à l’automne dernier.
Une guidance revue en forte baisse
Tout est parti de la mise à jour commerciale publiée le 28 juillet. La direction a ramené sa prévision de chiffre d’affaires pour l’exercice 2026 dans une fourchette de 250 à 270 millions de dollars australiens. Si cela représente encore une progression de 15 à 25 % par rapport à 2025, le marché en attendait bien davantage : le consensus tablait sur environ 323 millions AUD. L’écart était trop important pour passer inaperçu, et le titre en a immédiatement fait les frais.
La correction a toutefois été de courte durée. Selon des informations de presse, l’action a rebondi de 7,1 % lundi à la Bourse de Sydney, puis de 7,2 % mardi, avant de s’envoler de 11,85 % lors d’une séance marquée par un volume de plus de 9,6 millions de titres échangés. Les investisseurs ont visiblement préféré retenir la solidité du carnet de commandes plutôt que le ralentissement de la trajectoire de croissance.
Un carnet de commandes qui rassure
Au 28 juillet, le volume d’affaires déjà contracté pour 2026 atteignait en effet 206 millions AUD, soit environ 95 % du chiffre d’affaires total réalisé l’an dernier. Dans le même temps, DroneShield a annoncé une commande de 23,2 millions AUD passée par un revendeur pour le compte d’un client militaire européen. Le groupe a également dévoilé RfAI-3, la troisième génération de sa technologie de détection RF. Le directeur général Angus Bean y voit le coup d’envoi de la prochaine phase de la feuille de route produit, avec une première livraison matérielle attendue au second semestre 2026 et d’autres validations programmées jusqu’en 2027.
Les chiffres semestriels provisoires confirment par ailleurs une dynamique commerciale soutenue : le chiffre d’affaires du premier semestre 2026 devrait ressortir en hausse de 74 % sur un an, à 125,8 millions AUD. Les revenus récurrents — logiciels, abonnements et services longue durée — ont atteint 14,2 millions AUD, soit 11,3 % des ventes semestrielles.
La marge brute, point noir du semestre
Le principal sujet d’inquiétude réside ailleurs. La marge brute du semestre est attendue autour de 60 %, contre 65 % un an plus tôt. La direction invoque une modification du mix des ventes, des effets de change et une dépréciation de matières premières liée au transfert d’un site de production et au déploiement d’un nouveau système ERP. Pour les actionnaires, la question est de savoir à quelle vitesse la croissance rapide du chiffre d’affaires se traduira réellement en bénéfices durables. Les estimations de résultats pour les exercices 2026 à 2028 ont d’ailleurs été revues en baisse dans l’ensemble de la profession : le consensus établi par CommSec fait désormais état de 0,1 cent de bénéfice par action pour 2026, 0,6 cent pour 2027 et 1,8 cent pour 2028.
Des avis d’analystes partagés
Les maisons de courtage peinent à trouver un terrain d’entente. Jefferies a dégradé le titre à « sous-performance » fin juillet, avec un objectif de cours ramené à 2,05 AUD — après l’avoir déjà abaissé de 2,80 à 2,05 AUD à la mi-juillet, tout en réduisant ses estimations de revenus d’environ 9 % pour la période 2026-2028. Bell Potter a, à l’inverse, maintenu sa recommandation d’achat le 3 août, mais a également réduit son objectif, à 2,50 AUD.
La défiance de certains opérateurs se lit aussi dans les statistiques de ventes à découvert : selon les données de l’ASIC, la part des titres empruntés est passée d’environ 11,9 % à 12,8 % du flottant en l’espace d’une semaine à la mi-juillet. DroneShield figure ainsi parmi les valeurs les plus vendues à découvert du marché australien.
L’ombre de l’enquête de l’ASIC
S’ajoute à cela une procédure de l’autorité de régulation financière australienne, qui examine depuis mai les communications de l’entreprise et les opérations de trading réalisées par d’anciens dirigeants en lien avec des événements de novembre 2025. DroneShield assure coopérer pleinement, mais aucune issue n’a encore été annoncée.
Le prochain rendez-vous décisif est fixé au 26 août, lorsque le groupe présentera ses résultats semestriels complets pour la période close fin juin. Ces chiffres diront si la dynamique opérationnelle suffit à stabiliser la valorisation — et surtout, si la pression sur les marges n’est qu’un accident de parcours ou le signe d’une tendance plus lourde.
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