Le contraste est saisissant. DroneShield affiche une croissance de 121 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre 2026, à 74,1 millions de dollars australiens, et cumule quatre trimestres consécutifs de cash-flow opérationnel positif. Pourtant, l’action continue sa dégringolade : elle a perdu près de 28 % depuis le début de l’année et s’échangeait à 1,44 euro en séance, soit 60 % sous son plus haut historique d’octobre dernier. La Bourse ne regarde pas les opérations, mais l’enquête de l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) qui porte sur des ventes d’actions par des initiés en novembre 2025 et sur les méthodes de comptabilisation des revenus. Ce volet réglementaire pèse lourd.
Pour contrer ces turbulences, le management a renforcé son conseil de surveillance. Lee Goddard, ancien directeur de l’Australian Missile Corporation, a été nommé mercredi. Il rejoint le président Hamish McLennan et le directeur général Angus Bean, déjà en place. La trésorerie de la société atteint plus de 200 millions de dollars, sans aucune dette. Une position de force qui permet d’envisager sereinement les investissements, notamment en Europe avec une nouvelle usine en Pologne et un siège à Amsterdam.
Des budgets étatiques colossaux, mais une concurrence féroce
Le contexte de marché est favorable. Le Royaume-Uni a confirmé un plan d’investissement militaire de 15 milliards de livres sterling, dont 5 milliards dédiés aux drones et aux systèmes autonomes sur quatre ans. L’Australie prévoit de son côté un fonds technologique d’un milliard de dollars pour la défense. DroneShield revendique plus de 300 projets en cours, représentant un portefeuille total d’environ 2,2 milliards de dollars. Une commande potentielle de 730 millions de dollars, dont la décision est attendue au second semestre, pourrait changer la donne.
Mais l’entreprise n’est plus seule sur ce créneau. AeroVironment, son rival américain, a vu ses revenus bondir de 133 % sur un an, et son action a profité de la manne. En Inde, Paras Defence fabrique sous licence l’intercepteur Guardian-1; en Israël, Magos Systems a décroché un contrat de radars. Surtout, des géants comme Lockheed Martin intègrent directement des technologies concurrentes — par exemple celles de Sentrycs — dans leurs plateformes, menaçant de marginaliser les indépendants.
Le verdict du second semestre
Techniquement, l’action se rapproche de la zone de survente, avec un RSI à 35,7. Son plus bas annuel reste fixé à 0,82 euro. Les scénarios de rebond évoquent un retour vers la moyenne mobile à 50 jours, autour de 1,90 euro, si DroneShield décroche un contrat significatif. À l’inverse, sans annonce majeure d’ici la publication des résultats semestriels le 26 août 2026, le titre pourrait glisser vers le seuil psychologique de 1,00 euro.
Le management tente de peser sur le débat en diffusant un rapport qui révèle un déficit de détection de 70 % chez les opérateurs d’infrastructures critiques mondiaux. Un argument pour convaincre les gouvernements d’accélérer leurs commandes. Mais pour l’instant, la volatilité annualisée de l’action atteint 75 %, signe que le marché doute de la capacité de DroneShield à convertir sa pipeline en contrats fermes face aux gros bras de la défense. Les prochains mois seront décisifs.
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