L’assemblée générale de DroneShield, prévue ce vendredi à Sydney, s’annonce comme le baptême du feu pour le nouveau tandem aux commandes. Les actionnaires ont jusqu’à ce mercredi 10 heures, heure locale (AEST), pour déposer leurs pouvoirs de vote. À l’ordre du jour figurent l’approbation des comptes annuels 2025, le rapport sur la rémunération, l’élection de Hamish McLennan au conseil, une hausse du plafond des honoraires des administrateurs non exécutifs à 1,7 million de dollars australiens, et l’émission d’environ 290 000 options de performance pour le directeur général Angus Bean.
Ce dernier, qui a succédé à Oleg Vornik le 8 avril, animera sa première assemblée générale. À ses côtés, Hamish McLennan – ancien artisan de la montée en valeur de REA Group de 2 à 20 milliards de dollars australiens – est attendu pour prendre la présidence après le départ du cofondateur Peter James. Le conseiller en vote Ownership Matters recommande déjà de rejeter le rapport de rémunération. Le vote n’est pas contraignant, mais un « non » retentissant constituerait un camouflet public pour le conseil.
L’enquête de l’ASIC plane sur les débats
Le vrai point d’achoppement reste l’enquête ouverte par le régulateur australien des marchés (ASIC). L’autorité examine si trois anciens dirigeants ont vendu pour près de 70 millions de dollars australiens d’actions entre le 6 et le 12 novembre 2025 alors qu’ils détenaient peut-être des informations privilégiées. Parallèlement, l’ASIC vérifie si DroneShield a comptabilisé deux fois certains revenus – en particulier une commande de 7,6 millions de dollars australiens finalement retirée car considérée comme non ferme. Depuis, le groupe a relevé de 5 à 20 millions le seuil de publication des commandes.
La société assure coopérer pleinement. Mais tant que l’ASIC n’a pas clos son instruction ou porté d’accusation, la décote boursière demeure. Autre signal : BlackRock et ses entités liées ne sont plus considérés comme actionnaires significatifs depuis le 19 mai, avec une déclaration officielle le 21 mai.
Un premier trimestre 2026 exceptionnel
Malgré ces turbulences, les performances opérationnelles impressionnent. Le chiffre d’affaires du premier trimestre 2026 bondit de 121 % à 74,1 millions de dollars australiens. Les encaissements clients grimpent de 360 % à 77,4 millions. Le cash-flow opérationnel positif à 24,1 millions de dollars australiens marque un quatrième trimestre consécutif dans le vert. La trésorerie atteint 222,8 millions, pour une dette nulle.
Les revenus déjà sécurisés pour l’ensemble de 2026 s’élèvent à 154,8 millions de dollars australiens. Le portefeuille de projets actifs dans plus de 60 pays totalise 2,2 milliards de dollars australiens – un record. Le segment SaaS, encore modeste (7 % des ventes), doit monter à 30 % d’ici 2030, avec un objectif intermédiaire de 1 milliard de dollars australiens de revenus annuels.
Expansion tous azimuts
DroneShield accélère sa croissance industrielle. La capacité annuelle de production doit passer de 500 millions à 2,4 milliards de dollars australiens d’ici fin 2026, portée par une nouvelle usine de 3 000 m² à Alexandria (Sydney). Aux États-Unis, l’effectif a doublé, un deuxième site a ouvert en Virginie, et plus de 30 % des nouvelles recrues sont des experts en logiciels et en intelligence artificielle.
Signe de la diversification des usages, la société déploiera ses systèmes antidrones lors de la Coupe du monde de football 2026 à Kansas City, dans les stades, les fan-zones et les espaces publics – preuve que la lutte anti-drones dépasse désormais le seul cadre militaire.
Bourse sous pression, analystes divisés
L’action, qui se négocie autour de 1,95 euro, a certes repris près de 9 % sur sept jours, mais elle reste plongée de 14 % sur un mois et de 47 % sous son plus haut annuel à 3,65 euros. Le multiple de valorisation atteint 13,9 fois les ventes, contre 5,4 pour le secteur défense.
Les avis des analystes divergent. Jefferies maintient une recommandation « conserver » avec un objectif de 3,70 dollars australiens, tandis que Bell Potter est plus optimiste (« achat », 4,80 dollars australiens) tout en soulignant la décote liée à l’enquête de l’ASIC.
La prochaine publication trimestrielle, le 3 juin, permettra de vérifier si l’élan opérationnel se maintient. D’ici là, le résultat du vote de l’assemblée générale – connu peu après la clôture du dépôt des pouvoirs – donnera le ton. Pour Angus Bean et Hamish McLennan, l’enjeu est clair : rassurer sur la gouvernance pour que les indicateurs solides reprennent le dessus en Bourse.
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