Jamais sans doute le décalage n’aura été aussi flagrant entre l’activité opérationnelle d’Eutelsat et sa trajectoire boursière. D’un côté, le groupe enchaîne les annonces majeures – commande de satellites, contrat de défense, accord exclusif en Afrique –, de l’autre, l’action dévisse de près de 18 % en une semaine, tombée à 2,53 euros, loin de son plus haut annuel de 4,62 euros.
Un carnet de commandes qui fait le plein
Le 20 juin, le ministère français des Armées a officialisé un contrat ferme de 138 millions d’euros baptisé « CENTAURE ». Ce premier appel d’offres s’inscrit dans un accord-cadre colossal d’un milliard d’euros. Il offre aux forces françaises un accès prioritaire à la constellation OneWeb, qui compte déjà plus de 600 satellites en orbite basse. L’enjeu est stratégique : les États européens cherchent à s’affranchir des opérateurs extra-européens pour leurs communications sécurisées, et Eutelsat devient l’épine dorsale de cette souveraineté numérique, au moins jusqu’à l’arrivée de la prochaine génération de satellites dans les années 2030.
Parallèlement, le groupe a signé un accord pluriannuel de grande envergure avec Mercury, filiale du géant pétrolier public angolais Sonangol. Ce contrat fait d’Eutelsat l’unique opérateur LEO (Low Earth Orbit) agréé en Angola. Mercury utilisera les satellites pour connecter des plates-formes pétrolières offshore et des administrations publiques, avec l’ambition de réduire la fracture numérique en Afrique australe.
Airbus monte en puissance
Pour soutenir cette expansion, Eutelsat a passé une commande de 340 nouveaux satellites à Airbus Defence & Space. Destinés à étoffer la flotte OneWeb, ces engins permettront d’améliorer la couverture mondiale. Dans les neuf premiers mois de l’exercice, le chiffre d’affaires du segment LEO a bondi de 50 %, et ce malgré un impact de change négatif de 42 millions d’euros. La stratégie est claire : Eutelsat mise sur l’investissement matériel massif, là où son concurrent SES privilégie les rachats d’actions pour soutenir son cours.
Une mécanique boursière grippée
Rien de tout cela n’a enrayé la déroute du titre. L’action a franchi à la baisse le support technique des 2,59 euros, puis la moyenne mobile à 200 jours située à 2,66 euros. En l’espace de sept séances, la perte atteint 18,10 %. La volatilité annualisée flirte avec les 107 %, témoin d’une valorisation chahutée.
Sur l’année, le gain reste pourtant de près de 42 %, et la tendance de fond enclenchée fin 2023 demeure valide. Mais le marché peine à digérer la mutation du groupe : ancien titre défensif à dividende régulier, Eutelsat est devenu une valeur de croissance capitalistique, endettée par le rachat de OneWeb et soumise aux aléas d’un secteur en pleine recomposition. La capitalisation, à 3,46 milliards d’euros, reflète le poids des dettes et des incertitudes.
Le défi de la rentabilité
Eutelsat construit l’infrastructure de la décennie numérique européenne. Le soutien de l’État français assure un socle de revenus solide. Mais être un actif stratégique ne garantit pas un rendement immédiat pour les actionnaires, comme en atteste le recul de plus de 23 % sur un an. Le management doit désormais transformer ces contrats pharaoniques – CENTAURE, Airbus, Angola – en marges pérennes. Sans cela, la pression venderesse risque de se prolonger, maintenant le titre dans le face-à-face entre nécessité géopolitique et dure réalité des marchés.
Publicité
Actions Eutelsat: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Eutelsat et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Eutelsat entièrement gratuite : En savoir plus ici !

