L’action Eutelsat traverse une zone de turbulences. Alors que l’opérateur satellite multiplie les annonces commerciales – diffusion de la Coupe du monde 2026 en ultra-haute définition, nouveau partenariat maritime – le marché garde les yeux rivés sur le test de covenant du 30 juin prochain. La sanction a été immédiate vendredi : le titre a plongé de 9,29 % à 3,05 euros, portant la dégringolade hebdomadaire à 22,91 %. Sur un an, l’action affiche encore une hausse de 6,50 %, et depuis le 1er janvier le gain atteint 70,17 %, mais l’écart avec le plus haut des 52 semaines (4,62 euros) s’est creusé à 34,05 %.
Le Mondial 2026 en UHD, un signal pour le pôle télévision
Alors que la vidéo classique pèse sur les comptes, Eutelsat met en avant un projet porteur pour sa plateforme Fransat. La M6 Group a choisi le satellite Eutelsat 5 West B pour retransmettre la Coupe du monde de football 2026 en ultra-haute définition (UHD) sur le territoire français. Les matchs, prévus du 11 juin au 19 juillet, seront diffusés sur la chaîne M6 4K, sans les goulets d’étranglement souvent rencontrés sur le streaming. La réception nécessite un équipement Fransat compatible UHD. Ce contrat démontre que le satellite reste compétitif pour les grands événements sportifs, même si la pression sur le segment vidéo ne faiblit pas.
Tototheo Global : une nouvelle carte maritime pour le LEO
Parallèlement, Eutelsat renforce sa présence dans la connectivité en orbite basse (LEO). Un accord a été conclu avec le groupe chypriote Tototheo Global pour commercialiser les services OneWeb auprès des clients maritimes dans le monde entier. Tototheo jouera également un rôle clé en Grèce et à Chypre pour les besoins de connectivité des entreprises, ainsi que pour les clients gouvernementaux civils et militaires. « Tototheo possède une expertise approfondie dans la connectivité maritime et la capacité à offrir une connectivité sécurisée à faible latence », souligne Eva Bisgaard, directrice de la division connectivité d’Eutelsat. Ces applications de niche, plus exigeantes que le haut débit grand public, offrent des marges potentiellement plus attractives.
Le test de covenant : l’épée de Damoclès du 30 juin
Au-delà des annonces, l’enjeu immédiat reste financier. L’exercice clos le 30 juin donnera lieu à un test renforcé du ratio dette nette/EBITDA ajusté, dont le seuil passe de 4,50 à 4,00. La direction vise un ratio de 2,7 à cette date. Pour l’ensemble de l’exercice, Eutelsat table sur des revenus stables dans ses verticales opérationnelles, une croissance de 50 % des ventes LEO (après +65 % au dernier trimestre), mais une marge d’EBITDA ajusté légèrement inférieure à celle de l’année précédente. Les investissements bruts sont attendus à environ 900 millions d’euros, ce qui maintient une pression forte sur la génération de cash.
Le carnet de commandes atteignait 3,4 milliards d’euros fin mars, soit 2,8 années de revenus futurs. La part de la connectivité y représente désormais 58 %, signe de la transformation du modèle.
IRIS² : le grand pari européen se précise
À moyen terme, le programme européen IRIS² reste un levier stratégique. Eutelsat fait partie du consortium SpaceRISE, aux côtés de SES et Hispasat, qui a signé une concession de douze ans avec la Commission européenne. Eutelsat y fournira des capacités LEO. La mise en service complète est attendue pour 2030. Le cercle des maîtres d’œuvre principaux s’est resserré autour du français Airbus et du belge Aerospacelab. La Norvège et l’Islande ont rejoint le programme en mars, élargissant le marché adressable pour les services gouvernementaux.
Les analystes restent circonspects
Malgré la performance boursière spectaculaire depuis janvier, le consensus des analystes demeure prudent. Sur dix avis, la note moyenne est « neutre », sans aucune recommandation d’achat. Huit analystes conseillent de conserver le titre, deux de vendre. L’objectif de cours moyen ressort à 2,49 euros, dans une fourchette allant de 1,40 à 5,22 euros. L’action, même après sa correction, se négocie au-dessus de cette moyenne, ce qui explique en partie les prises de bénéfices récentes.
Techniquement, le titre se maintient au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours (2,89 euros) et de celle à 200 jours (2,67 euros). Le RSI à 44,2 n’indique pas de situation de survente extrême. Le prochain catalyseur sera donc la publication des résultats annuels, qui dira si la discipline financière et la croissance LEO parviennent à rassurer un marché en quête de preuves tangibles de rentabilité.
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