Alors que le CAC 40 cédait plus de 1 % mardi, l’action Eutelsat Communications a inscrit un nouveau plus haut annuel à 4,32 euros, s’adjugeant près de 7 % sur la séance. Depuis janvier, le titre du groupe tricolore de satellites s’envole de 141 %, porté par une actualité dense qui conjugue contrats commerciaux et perspectives réglementaires.
Un accord majeur avec Anuvu pour le satellite 10B
Le déclencheur immédiat de cette poussée est un contrat pluriannuel de capacité signé avec le fournisseur de connectivité Anuvu. Au cœur de l’accord, le satellite EUTELSAT 10B – opérationnel depuis mi-2023 – mobilise ses bandes Ku pour offrir de l’internet haut débit à une compagnie aérienne mondiale de premier plan sur des liaisons survolant l’Europe et le Moyen-Orient. La configuration embarquée de processeurs numériques permet de répondre à la demande croissante de bande passante dans le transport aérien, un segment stratégique où Eutelsat multiplie les contrats de services longue durée, dans l’aviation comme le maritime.
Bruxelles réserve les fréquences aux Européens
Mais le marché regarde plus loin. La Commission européenne travaille sur un cadre qui réserverait les deux tiers des fréquences mobiles-satellites du continent (la bande des 2 GHz) à des opérateurs européens. Les géants américains Starlink et Kuiper d’Amazon pourraient accéder au tiers restant. Pour Eutelsat, l’enjeu est double : via le consortium SpaceRISE – avec SES et Hispasat –, il est en charge de la conception, du déploiement et de l’exploitation du système IRIS², le vaisseau amiral de la souveraineté satellitaire européenne, fort de 290 satellites (272 en orbite basse, 18 en orbite moyenne). Ce système ferait partie des entités prioritaires pour l’attribution du spectre. Le timing coïncide avec la volonté politique de réduire la dépendance aux technologies américaines, conférant à cette initiative une portée stratégique qui dépasse le simple cadre commercial.
Le LEO tire la croissance, le GEO recule
Ce vent réglementaire favorable souffle sur une société qui redresse la barre opérationnelle. Au troisième trimestre de l’exercice 2025/26, le chiffre d’affaires a atteint 293 millions d’euros, en progression de 3,1 % à taux de change constants. La division orbite basse (LEO) s’est envolée de 65 % sur un an, à 62,2 millions, alors que l’activité géostationnaire (GEO) de connectivité a fléchi de 4,3 %, à 93,5 millions. Les objectifs annuels ont été confirmés et le groupe a bouclé son vaste programme de refinancement.
Des indicateurs techniques modérés malgré la flambée
Avec un cours qui culmine à 63 % au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours et un RSI de seulement 30,7, la récente envolée ne semble pas encore surchauffée. Reste que le projet de spectre n’a pas été formellement approuvé – il fait l’objet de discussions entre commissaires – et aucun contrat ni prévision de chiffre d’affaires lié à IRIS² n’est encore quantifié. La prochaine étape décisive sera la décision finale de la Commission. Si elle confirme l’orientation rapportée, la place d’Eutelsat dans l’infrastructure satellitaire européenne sera, pour la première fois, gravée dans le droit réglementaire.
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