Le 16 juin, Eutelsat annonçait un contrat militaire de 138 millions d’euros. Le lendemain, le titre s’effondrait. La coïncidence n’en est pas une : la levée de la lock-up de 190 jours a libéré un flot d’actions que le marché n’a pas absorbé. Résultat : une chute de plus de 40 % en un mois, un cours à 2,27 euros, soit moins de la moitié du sommet des 52 semaines touché fin mai à 4,62 euros.
Le contrat CENTAURE, premier tirage sur le cadre NEXUS d’un milliard d’euros signé avec le ministère français des Armées, prévoit la fourniture de capacités satellite en orbite basse (LEO) pour les forces françaises. Sur huit ans, l’enveloppe maximale atteint 350 millions d’euros, la tranche initiale garantissant 138 millions sur quatre ans. Un geste stratégique qui vient renforcer la crédibilité militaire d’Eutelsat, mais qui n’a pas pesé face au déséquilibre entre l’offre et la demande provoqué par la levée du lock-up.
Ce lock-up, levé le 17 juin, concernait les actions émises lors de la dernière augmentation de capital. Parmi les grands noms désormais libres de vendre : l’Agence des participations de l’État (APE), Bharti Space, le gouvernement britannique, CMA CGM Participations et le Fonds stratégique de participation. Leurs ventes ont déclenché une onde de choc. L’indicateur RSI, tombé à 35, confirme la zone de survente, mais le rebond technique de 3 % observé le 17 juin reste fragile.
Le groupe ne manque pourtant pas d’atouts opérationnels. Au troisième trimestre de l’exercice 2025-26, le chiffre d’affaires LEO a bondi de 65 % sur un an. Le chiffre d’affaires total ressort à 293 millions d’euros, en hausse de 3 % à base comparable. Sur neuf mois, les revenus LEO atteignent 172,7 millions d’euros, soit une progression de 61,6 %. La connectivité dépasse désormais la vidéo dans le mix : 55 % contre 45 %. La vidéo, elle, continue de s’éroder : 128 millions d’euros au trimestre, contre 151,7 millions un an plus tôt, pénalisée par les sanctions russes et la fin de contrats sur deux satellites Express.
Dans ce contexte, la direction a réaffirmé ses objectifs annuels : un chiffre d’affaires opérationnel stable, une croissance LEO de 50 % et une marge d’EBITDA ajustée légèrement inférieure à celle de l’exercice précédent. Le carnet de commandes atteint 3,4 milliards d’euros fin mars, soit 2,8 fois le chiffre d’affaires de l’exercice 2024-25, dont 58 % liés à la connectivité.
Par ailleurs, Eutelsat investit dans le renouvellement de sa constellation OneWeb : 440 satellites de remplacement commandés à Airbus Defence and Space, avec des livraisons attendues cette année et des lancements à partir de 2027. Le management voit plus loin : pour l’exercice 2028-29, il vise un chiffre d’affaires opérationnel compris entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros, avec une marge d’EBITDA d’au moins 65 %.
Le quatrième trimestre, qui s’achève ce 30 juin, devrait apporter les premiers revenus du contrat CENTAURE. Reste à savoir si ces rentrées militaires suffiront à rassurer les investisseurs après le choc du lock-up. Les prochains résultats trimestriels, à paraître, constitueront le premier test.
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