L’opérateur satellite traverse une période charnière où se mêlent espoirs de recapitalisation et transformation accélérée de son modèle. Entre un lucratif contrat de défense et une future enchère de fréquences américaine, le groupe français pourrait voir son bilan considérablement allégé. Mais l’urgence des investissements et la chute libre du titre rappellent la fragilité de l’équilibre actuel.
Le CENTAURE pose un jalon stratégique
Le contrat signé avec la direction générale de l’armement française, d’un montant maximal de 350 millions d’euros sur huit ans, constitue un socle solide pour la branche connectivité. Les premières tranches, fixées pour les quatre premières années, sont déjà acquises et commenceront à être versées dès le quatrième trimestre en cours. Ce programme, baptisé CENTAURE, ancre Eutelsat comme partenaire privilégié des forces armées françaises et britanniques, soucieuses de contrer la domination de Starlink d’Elon Musk. Même le Pentagone, malgré une concurrence féroce, sollicite les services de l’opérateur européen.
Une croissance LEO qui compense le déclin vidéo
Parallèlement, la demande pour les services en orbite basse (LEO) explose. Au troisième trimestre, cette activité a bondi de 65 % en organique et représente désormais un cinquième du chiffre d’affaires total. Ce dynamisme permet d’amortir la chute des revenus vidéo, en recul de 13 % à 128 millions d’euros, plombés notamment par les sanctions contre les chaînes russes. La flotte géostationnaire a d’ailleurs été réduite à 31 satellites. Au global, le groupe a dégagé 293 millions d’euros de revenus trimestriels, en légère hausse.
Les enchères FCC : un chèque de 750 millions en vue ?
Mais le véritable jackpot pourrait venir de Washington. La Federal Communications Commission (FCC) organise en 2027 une vente aux enchères de fréquences C-Band afin de libérer de l’espace pour la 5G et les futurs réseaux mobiles. Eutelsat, qui utilise intensément ces bandes, devra les libérer. Le coût estimé de ce déménagement orbital atteint 750 millions de dollars. Aucun calendrier de paiement n’a encore été arrêté, mais l’expérience de la première enchère C-Band – qui avait versé des milliards aux opérateurs – nourrit les espoirs d’une indemnisation généreuse.
Des investissements colossaux et une dette sous pression
Le groupe doit simultanément financer un vaste plan de modernisation. Les investissements s’élèvent à environ 900 millions d’euros dans l’immédiat, et le programme 2029 prévoit près de 4 milliards d’euros, dont la moitié réservée à la deuxième génération des satellites OneWeb. Les 440 premiers engins doivent être livrés d’ici la fin de l’année. La dette nette, elle, devrait atteindre 2,7 fois l’excédent brut d’exploitation d’ici mi-2026, un niveau qui inquiète les investisseurs.
Une volatilité extrême
En Bourse, la nervosité est palpable. Le titre, qui culminait à 4,62 euros fin mai, a perdu près de 48 % et évoluait récemment autour de 2,44 euros. En un mois, la chute atteint 37 %. La volatilité annualisée dépasse 100 %, signe d’une spéculation intense sur l’avenir du groupe. Le carnet de commandes, fort de 3,4 milliards d’euros (dont plus de la moitié dans la connectivité), offre une visibilité certaine, mais ne suffit pas à rassurer face au mur d’investissements.
Les prochains jalons
Deux échéances majeures structureront les prochains mois : les modalités définitives de l’enchère FCC, attendues courant 2026, et le lancement des premiers satellites OneWeb nouvelle génération prévu fin 2025. Si l’indemnisation C-Band se matérialise, la trésorerie d’Eutelsat pourrait être transformée. D’ici là, le groupe joue son avenir sur la réussite de son virage LEO et sur la fidélité de ses clients institutionnels.
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