Le rebond était attendu. Après une semaine de prises de bénéfices sévères, l’action Eutelsat a regagné près de 4% jeudi, portée par l’annonce d’un nouveau contrat pour sa constellation en orbite basse (LEO). Le titre s’établit désormais à 2,96 euros, juste au niveau de sa moyenne mobile à 50 jours. Un signal technique qui intervient alors que le cours avait déjà bondi de 73% depuis le début de l’année, culminant à 3,09 euros avant la correction. C’est dire si le marché surveille de près chaque avancée opérationnelle.
Car l’opérateur français a radicalement changé de physionomie financière. Au printemps 2025, une augmentation de capital de 1,5 milliard d’euros a posé les fondations, rapidement suivie par une émission obligataire de même montant en mars dernier. Ce double mouvement a permis de réduire l’endettement du groupe : le ratio dette nette sur Ebitda est passé de près de 4 fois à exactement 2 fois. Les agences Moody’s et Fitch ont salué l’opération en relevant la notation du crédit. Pour une entreprise qui frôlait la zone de turbulences, la transformation est spectaculaire.
Les fruits de ce redressement se lisent déjà dans les comptes. Sur le premier semestre de l’exercice 2025/26, les revenus issus du LEO ont bondi de près de 60% à données constantes, pour atteindre 111 millions d’euros. La direction table sur une progression de 50% sur l’ensemble de l’exercice. Un rythme de croisière qui, s’il se confirme, ramènerait le précédent sommet annuel de 4,62 euros dans le viseur des investisseurs.
La division historique de télévision par satellite pèse encore 46% du chiffre d’affaires, mais elle continue de s’éroder. La relève est donc clairement identifiée : le LEO, adossé aux besoins des gouvernements et des entreprises, est le moteur de la croissance future. Le nouveau contrat annoncé cette semaine vient conforter cette trajectoire. Mais la concurrence dans l’espace est impitoyable. SpaceX et son réseau Starlink, fort de huit millions d’abonnés, domine le marché. Amazon prépare le lancement de ses propres satellites pour mi-2026. Eutelsat évite pourtant la guerre des prix : sa filiale américaine mise sur des contrats militaires et des services de navigation spécialisés.
L’atout le plus discret mais peut-être le plus puissant de l’action est politique. Eutelsat se retrouve au cœur de la quête de souveraineté numérique européenne. Avec SES et Hispasat, le groupe pilote le projet IRIS², un réseau satellitaire continental dont l’enveloppe totale est estimée à 10,5 milliards d’euros, dont 6,5 milliards de subventions publiques. La fiabilité de Starlink en tant qu’outil occidental a récemment été mise en doute, ce qui a poussé l’Allemagne à financer depuis un an des terminaux Eutelsat pour l’Ukraine, en alternative. Les gouvernements européens ne considèrent plus les satellites comme un simple horizon lointain : ils paient désormais.
Reste que le chemin vers la rentabilité est semé d’embûches. Entre 2026 et 2029, Eutelsat doit investir environ quatre milliards d’euros, l’essentiel dans ses activités LEO. Une telle enveloppe n’admet aucun faux pas. Le scénario baissier n’est pas moins plausible que le haussier : si le management parvient à hisser le chiffre d’affaires jusqu’à 1,7 milliard d’euros à l’horizon 2028/29, le titre pourrait retrouver des sommets. Mais si les coûts dérapent ou si la demande ralentit, la trésorerie sera mise à rude épreuve. La bulle est désormais assainie, la stratégie est tracée. Le marché attend désormais les preuves que l’exploitation est à la hauteur des promesses.
Publicité
Actions Eutelsat: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Eutelsat et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Eutelsat entièrement gratuite : En savoir plus ici !

