Les investisseurs se pressent au chevet d’Hermès. Jeudi, à 08h00 (heure de Paris), le groupe tricolore dévoilera ses ventes du troisième trimestre 2026, avant une conférence téléphonique avec les analystes programmée une heure plus tard. Un rendez-vous scruté de près, tant le climat s’est assombri autour du fabricant de sacs et de soie.
Car la correction boursière est sévère. Depuis le 1er janvier, le titre abandonne 37 %. Il a terminé la séance de la veille à 1.334,00 euros, soit à peine 6,3 % au-dessus de son plancher de 52 semaines touché début octobre. La moyenne mobile à 200 jours, elle, se situe bien plus haut, à 1.691,28 euros — un écart qui en dit long sur la défiance du marché.
Le doute venu de Chine
Le principal point d’interrogation reste l’Asie, et singulièrement la Chine, longtemps moteur de croissance du secteur. La deuxième économie mondiale a certes progressé de 4,5 % au troisième trimestre 2026, mais l’appétit pour le luxe s’y est nettement émoussé. Les données du cabinet Bain sont éloquentes : après un recul de 18 à 20 % du marché chinois du luxe en 2024, le volume s’est encore contracté de 3 à 5 % en 2025.
À Pékin, la fiscalité s’en mêle. Fin juillet, les autorités ont annoncé une taxe de 20 % sur les trusts offshore, dont la fenêtre de déclaration exonérée s’achève le 22 octobre. De quoi refroidir un peu plus une clientèle fortunée déjà sur la réserve.
Le mouvement n’épargne personne. LVMH, poids lourd du secteur, a vu sa division mode et maroquinerie reculer de 5 % en organique au troisième trimestre 2026. Hermès, longtemps considéré comme le plus résilient de la cote, subit lui aussi une baisse de fréquentation dans ses boutiques chinoises. Le 15 octobre, Berenberg a maintenu sa recommandation à « Buy » avec un objectif de 1.850 euros, tout en soulignant, selon les médias, un démarrage poussif du marché chinois sur la période. Trois semaines plus tôt, les dégradations de Rothschild Redburn et l’abaissement de l’objectif de cours par Jefferies avaient déjà pesé sur le titre.
Un début d’année pourtant solide
Voilà qui contraste avec les comptes du premier semestre. Sur les six premiers mois de 2026, Hermès a enregistré une croissance de 6 % de son chiffre d’affaires, à 8,2 milliards d’euros. La question qui plane désormais : la demande estivale est-elle restée à la hauteur de cette dynamique ?
Le marché parisien, lui, a connu des heures agitées. En début de semaine, des manifestations et des pillages ont secoué plusieurs grandes villes françaises, entraînant des dégâts dans le commerce de détail. Environ 1.500 boutiques auraient été touchées par le vandalisme à l’échelle nationale, selon les estimations. Des enseignes de luxe ont été visées, dont une succursale Hermès à Marseille. Reuters rapporte que les valeurs françaises ont subi des pressions vendeuses, sans que les incidents dans les boutiques du groupe soient établis comme la cause directe de la baisse du cours.
L’impact financier reste avant tout symbolique, mais l’Hexagone compte : au premier semestre 2026, la France représentait environ 9,2 % des revenus mondiaux d’Hermès.
Cap sur février 2027
En amont de la publication, le groupe a rempli ses obligations réglementaires. Le 13 octobre, il a diffusé sa déclaration mensuelle relative aux droits de vote et au capital, arrêtée au 30 septembre 2026. La lettre aux actionnaires d’octobre 2026 a par ailleurs été mise en ligne.
Les chiffres de jeudi diront si la force de la marque suffit à enrayer la tendance baissière qui frappe l’ensemble du luxe européen. Les résultats annuels complets, eux, sont attendus le 12 février 2027.
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