L’escalade militaire au Moyen-Orient, la fermeture du détroit d’Ormuz, l’embargo pétrolier : tout semble réuni pour pousser les investisseurs vers l’or. Pourtant, l’once recule encore de 0,33 % ce mercredi, à 4 508,10 USD. Sur trente jours, la décrue atteint 4,04 %. Le métal jaune n’obéit plus à la logique habituelle des crises : c’est désormais la menace inflationniste que fait peser l’énergie sur la politique monétaire américaine qui dicte la tendance.
Le dollar adoucit un peu la chute, les rendements la contiennent
Un affaiblissement du dollar apporte ce mercredi un léger répit. La baisse du billet vert rend l’once moins chère pour les détenteurs d’autres devises et peut attirer des achats tactiques. L’impulsion vient des chiffres du Conference Board : le moral des consommateurs américains a fléchi de 0,7 point en mai, à 93,1, et l’indice de la situation présente a perdu 3,2 points pour s’établir à 121,2. Cette dégradation pèse sur le dollar et soutient l’or.
Mais ce soutien reste fragile. Car la même enquête ravive les craintes sur le pouvoir d’achat, les prix de l’énergie et les anticipations d’inflation. Et dès que l’inflation redevient le sujet central, les projecteurs se braquent sur la Réserve fédérale. Pour un actif qui ne verse aucun intérêt, des taux durablement élevés sont un frein puissant. Les marchés continuent d’intégrer une possible hausse des taux directeurs d’ici la fin de l’année, ce qui verrouille toute tentative de rebond durable.
La crise d’Ormuz alimente l’inflation, pas la prime de risque
L’Agence internationale de l’énergie a qualifié la situation de « crise énergétique sévère » après le blocage du détroit d’Ormuz. Téhéran accuse Washington d’avoir violé le cessez-le-feu par des frappes à proximité de cette voie maritime stratégique ; la Maison-Blanche évoque encore « plusieurs jours de négociations ». Normalement, un tel contexte géopolitique déclenche une ruée vers l’or. Or, cette fois, les opérateurs raisonnent différemment : la flambée du brut nourrit les anticipations d’inflation, ce qui renforce la probabilité que la Fed maintienne une orientation restrictive. Le métal jaune se retrouve ainsi pris en étau : la crise alimente l’inflation, et l’inflation alimente la rigueur monétaire. La prime de risque géopolitique n’a tout simplement pas la place de s’exprimer.
Les données PCE, prochain test décisif
Jeudi, le marché aura rendez-vous avec le déflateur PCE, mesure d’inflation privilégiée par la Fed. Un chiffre supérieur aux attentes durcirait le discours des faucons et pèserait encore sur l’or. À l’inverse, une détente des prix redonnerait de l’air à la prime de risque géopolitique et pourrait inverser la dynamique. En attendant, l’once reste scotchée entre la crise iranienne et la menace de hausse des taux.
Banques centrales et ETF : une demande de fond, pas de choc
Les achats institutionnels continuent de jouer leur rôle de filet de sécurité. La Banque populaire de Chine a enregistré en mars 2026 son dix-septième mois consécutif d’acquisitions, avec 5 tonnes supplémentaires, portant ses réserves à 2 313 tonnes. Les fonds négociés en bourse (ETF) adossés à l’or ont également attiré des capitaux : les entrées nettes d’avril ont atteint 45 tonnes à l’échelle mondiale, pour un actif sous gestion de 615 milliards de dollars et des stocks de 4 137 tonnes. L’Europe a fourni la plus grosse contribution.
Mais ce socle solide ne parvient pas, pour l’heure, à neutraliser les vents macroéconomiques contraires. Signe d’essoufflement : l’or se négocie en Chine sous le cours de référence européen, un « spread négatif » qui traduit une certaine réserve après la récente course aux records. Le volume quotidien des échanges mondiaux a d’ailleurs reculé de 24 % en avril, à 398 milliards de dollars, même s’il reste supérieur à la moyenne 2026.
Le tableau technique reste maussade
L’once accuse un écart de 3,05 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, qui s’établit à 4 649,76 USD. Le RSI, à 49,8, ne signale ni excès baissier ni euphorie. Depuis le début de l’année, l’or conserve une progression de 3,83 % et reste 14,38 % au-dessus de son point bas des dernières 52 semaines. Pas de spirale baissière donc, mais un marché bloqué : soutenu à court terme par la faiblesse du dollar, freiné à moyen terme par les rendements et les attentes de resserrement. Tant que les prix du pétrole entretiendront le débat sur la vigueur de la Fed, chaque rebond de l’or restera menacé.
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