La journée de mercredi restera gravée dans les esprits des investisseurs de Micron Technology. Le fabricant de puces mémoire a vu son titre s’envoler de 5,9 % à 795,60 euros, porté par une double nouvelle : les déclarations de son vice-président exécutif Sumit Sadana au KeyBanc Technology Leadership Forum, qui a assuré que la pénurie de composants mémoire s’étendrait au-delà de 2027, et les résultats trimestriels éclatants de deux piliers de l’écosystème de l’intelligence artificielle, CoreWeave et Nebius.
Ces deux fournisseurs de cloud spécialisés dans l’IA ont en effet dévoilé des chiffres qui ont dépassé les attentes — une croissance de 454 % du chiffre d’affaires trimestriel pour Nebius, un doublement pour CoreWeave. De quoi conforter la thèse d’une demande insatiable en mémoire à haute bande passante pour les centres de données dédiés à l’IA.
Une trajectoire boursière hors normes, mais encore en deçà des sommets
La performance de l’action Micron depuis le début de l’année force le respect : 216 % de progression, et même 627 % sur douze mois. Pourtant, le titre reste 28 % en dessous de son plus haut sur 52 semaines, atteint en juin à 1.103,80 euros. Un écart qui témoigne des hésitations du marché face à une histoire de croissance que certains jugent peut-être trop belle pour être durable.
Le fabricant de puces, qui ne couvre actuellement que moins de 50 % de la demande des centres de données en mémoire haute bande passante et en DRAM, a fixé un rendez-vous crucial au 22 septembre prochain. Ce jour-là, il dévoilera ses résultats du quatrième trimestre, pour lequel il a promis environ 50 milliards de dollars de revenus.
Le dilemme des marges record
Au cœur du débat entre investisseurs : la marge brute de 84,9 %, un sommet historique pour l’entreprise. Les analystes redoutent toutefois que le cycle de la mémoire n’atteigne son pic au quatrième trimestre 2026, ce qui poserait la question de la soutenabilité de telles marges. Morgan Stanley met en garde contre une fin de cycle qui se profile à l’horizon 2026, avec un risque d’érosion rapide du pouvoir de fixation des prix.
Les optimistes rétorquent que la donne a structurellement changé. Micron a sécurisé 16 contrats clients à long terme représentant 22 milliards de dollars d’engagements, dans le cadre d’un portefeuille plus large d’environ 100 milliards de dollars de revenus à réaliser. Les carnets de commandes des partenaires cloud confortent cette lecture : Nebius affiche un pipeline de 40 milliards de dollars, CoreWeave un carnet de 104 milliards de dollars. Un représentant de l’entreprise a même laissé entendre que l’offre de mémoire pourrait se resserrer encore davantage en 2027.
Dans ce scénario haussier, le cours moyen cible des analystes de 1.300,85 euros — soit un potentiel de hausse de 64,3 % — ne paraît pas exagéré. Mizuho a d’ailleurs relevé le 10 août son objectif de cours de 1.150 à 1.375 dollars, tandis qu’UBS a réaffirmé mercredi sa recommandation d’achat avec une cible de 1.625 dollars, tablant sur une pénurie de DRAM au moins jusqu’au deuxième trimestre 2028 et un flux de trésorerie disponible cumulé dépassant 450 milliards de dollars d’ici là.
Le spectre chinois et les batailles juridiques
Le camp des sceptiques brandit, lui, la menace d’une concurrence venue de Chine. CXMT, nouveau venu sur le marché, affiche désormais un rendement de production DDR5 supérieur à 90 % et serait déjà en phase de test chez de grands fabricants d’électronique. Micron, qui a porté son plan d’investissement américain de 200 à 250 milliards de dollars pour ses sites de l’Idaho, de New York et de Virginie, ferait d’ailleurs pression auprès des autorités américaines pour empêcher Apple et d’autres entreprises nationales d’utiliser des puces chinoises, invoquant des risques pour la sécurité de la chaîne d’approvisionnement.
Le volet juridique n’est pas en reste. Netlist a engagé mercredi de nouvelles procédures devant la Commission du commerce international des États-Unis et un tribunal fédéral californien contre Micron, mais aussi Supermicro, HPE et Lenovo, pour violation présumée de quatre brevets couvrant les technologies DDR5-RDIMM et MRDIMM. Un éventuel décret d’interdiction d’importation plane sur ces produits. Le précédent du litige entre Netlist et Samsung Electronics, soldé début août par un accord de 897 millions de dollars, donne une idée de l’enjeu — d’autant que Micron est déjà impliqué dans une procédure distincte portant sur 445 millions de dollars.
Un équilibre technique fragile
Sur le plan graphique, le titre évolue dans une zone de consolidation. L’indice RSI de 50,6 (ou 51 selon les calculs) indique une position neutre, ni surachat ni survente. Le maintien au-dessus de la moyenne mobile à 100 jours, établie à 679,25 euros, reste le signal technique à surveiller. En cas de déception sur les résultats du 22 septembre — un manque par rapport aux 50 milliards de dollars de revenus annoncés ou des signes avant-coureurs d’un plafonnement des marges —, un repli vers la moyenne mobile à 200 jours, située à 477,14 euros, n’est pas à exclure.
Deux variables devraient arbitrer dans les prochaines semaines : l’avancée du mégaprojet d’expansion américain de 250 milliards de dollars et d’éventuelles indications officielles sur l’instauration de prix plafonds dans le secteur de la mémoire. C’est à ce prix que Micron pourra combler son retard de 28 % sur ses sommets — ou que le fameux retournement de cycle aura le dernier mot.
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