La mémoire vive n’a jamais été aussi rentable, ni son avenir aussi disputé. Micron Technology a profité du KeyBanc Capital Markets Technology Leadership Forum lundi pour réaffirmer une conviction : la pénurie de puces mémoire ne se résorbera pas avant 2027, et l’année prochaine s’annoncera même plus tendue que celle en cours. Sumit Sadana, chief business officer du groupe, a précisé que dans le segment des centres de données, l’entreprise ne parvient souvent à satisfaire que la moitié de la demande exprimée par ses clients.
Cette rareté n’est pas qu’un discours. Elle se lit dans les comptes. Pour le troisième trimestre fiscal 2026, clos le 28 mai, Micron a dégagé un chiffre d’affaires record de 41,46 milliards de dollars et un bénéfice net GAAP de 28,24 milliards. La marge opérationnelle a atteint 81 % sur la période, un niveau que la direction qualifie d’exceptionnellement robuste. Le conseil a par ailleurs arrêté un dividende trimestriel de 0,15 dollar par action, versé en juillet.
Un investissement massif pour verrouiller l’offre
Face à cette demande qui excède l’offre, Micron sort le carnet de chèques. L’enveloppe dédiée aux investissements aux États-Unis passe de 200 à 250 milliards de dollars. S’y ajoute une participation de 500 millions de dollars dans GlobalWafers, intégrée à un programme plus large de 3 milliards destiné à la chaîne d’approvisionnement. Un effort d’autant plus nécessaire que la concurrence, elle aussi, muscle ses capacités : SK Hynix a validé début août un projet de 54 000 milliards de wons pour deux nouvelles usines, dont la première salle blanche n’ouvrira toutefois pas avant décembre 2028.
Le groupe mise également sur un changement de modèle commercial. Les Strategic Customer Agreements, ces contrats qui devraient couvrir à terme environ la moitié du chiffre d’affaires, intègrent des clauses take-or-pay contraignantes et courent majoritairement jusqu’en 2030. Seize étaient déjà signés lors de la présentation des résultats trimestriels, d’autres ont suivi. Ils garantissent des flux de trésorerie, des structures de prix protectrices pour les marges et une coordination plus étroite sur les feuilles de route produit.
Les signaux contradictoires du marché
Du côté de la cote, l’enthousiasme a pourtant cédé le pas à la prudence. L’action cède 0,25 % mardi, à 744,80 euros, et reste engluée 32,52 % sous son plus haut sur un an de 1 103,80 euros, touché en juin. Le titre évolue également 11,12 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, établie à 845,88 euros. Sur trente jours, le repli atteint 9,49 %. Seule consolation : le gain depuis janvier demeure spectaculaire, à 195,44 % — une performance à peine inférieure aux 198,21 % affichés selon les calculs du premier article, et qui laisse le titre en hausse de 586,95 % sur douze mois.
Ce décrochage s’explique par des signaux venus de la concurrence. SK Hynix et Samsung ont montré dimanche, à l’occasion de leurs résultats, les premiers signes de faiblesse dans l’évolution des prix. Le consensus n’anticipe plus qu’une amélioration de 19 % des prix au trimestre en cours, tandis que la progression effective de Samsung est restée en deçà des 48 % précédemment espérés — une déception relevée par les analystes de Morningstar.
Des lectures divergentes chez les analystes
Les maisons de courtage peinent à s’accorder sur la trajectoire. Timothy Arcuri, chez UBS, a réaffirmé lundi sa recommandation d’achat avec un objectif de cours de 1 625 dollars, le plus élevé du panel. À l’opposé, Atif Malik de Citigroup a réduit le sien le 6 août, de 1 400 à 1 150 dollars, tout en maintenant son conseil d’achat. Son raisonnement : la dynamique des prix du DRAM et de la NAND, bien réelle, perd de l’élan. La banque américaine voit les deux segments progresser plus lentement au cours des quatre prochains trimestres, avec un pic attendu seulement au deuxième trimestre 2027.
La direction, elle, oppose à ces craintes la solidité de ses carnets de commandes et une demande en intelligence artificielle qui ne se plie pas aux cycles d’investissement traditionnels. Le secteur de la mémoire, longtemps gouverné par l’alternance régulière de pénuries et de surcapacités, semble avoir basculé dans un régime inédit. La percée de Changxin Memory Technologies (CXMT), qui aurait été testée par Apple selon des informations rapportées par Barron’s début août, rappelle toutefois que la rareté d’aujourd’hui n’immunise pas contre la concurrence de demain.
Le calendrier s’annonce chargé : les prochains résultats sont attendus le 21 septembre, selon l’échéance estimée par CNBC. D’ici là, une question dominera : les contrats take-or-pay de Micron et la vigueur persistante des centres de données suffiront-ils à compenser l’essoufflement des prix que laissent entrevoir Samsung et SK Hynix ? La réponse engagera, pour plusieurs trimestres, la valorisation du titre.
Publicité
Actions Micron Technology: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Micron Technology et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Micron Technology entièrement gratuite : En savoir plus ici !

