Le 17 juillet, jour même où Apple lui ravissait la couronne de l’entreprise la mieux capitalisée du monde, Nvidia annonçait au Japon l’un des plus gros contrats d’infrastructure de son histoire. Une coalition nippone prévoit la construction d’une « AI Factory » équipée de 27 500 GPU Rubin et 13 750 processeurs Vera, le tout assemblé sur la plateforme Nvidia Vera-Rubin. Le chantier débutera en avril 2027 pour une mise en service en juin 2028. Avec une capacité de 140 mégawatts et une technologie réseau Spectrum-X associée aux BlueField, ce projet dépasse le cadre d’une simple commande : il fait du fabricant californien un fournisseur d’infrastructure clé en Asie, bien au-delà des hyperscalers américains.
Le timing n’est pourtant pas anodin. Le 17 juillet, l’action Nvidia a cédé 3,5 %, permettant à Apple de grimper à environ 4 880 milliards de dollars de capitalisation. Le champion des puces, qui tenait la première place depuis juin 2025 et avait franchi en octobre la barre des 5 000 milliards, a vu son avance s’effriter. Vendredi suivant, le titre a encore reculé de 2,14 % à 177,46 euros, soit 12,37 % sous son plus haut sur 52 semaines (202,50 euros le 14 mai). La capitalisation ressort à 4 391 milliards d’euros.
Ce recul s’inscrit dans un contexte sectoriel difficile. Le Nasdaq‑100 a perdu 4,13 % sur la semaine, tandis que l’indice Philadelphia Semiconductor a plongé de 9,3 %, à près de 19 % de son record. IBM a vécu la pire séance de son histoire (−25 %) après avoir manqué les attentes de chiffre d’affaires. La hausse du pétrole (+4,6 %) liée aux tensions géopolitiques entre les États‑Unis et l’Iran a accentué la prudence. Surtout, l’apparition d’un nouveau modèle chinois, Kimi K3 de Moonshot AI, avec 2,8 billions de paramètres, a ravivé les craintes d’un « moment DeepSeek » pour l’intelligence artificielle. Mais certaines analyses retournent l’argument : la taille colossale du modèle et son architecture d’inférence sophistiquée nécessitent justement les processeurs les plus puissants du marché — et seuls Nvidia les fournit à cette échelle. Loin d’être une menace, ce rival chinois pourrait donc renforcer la demande en GPU haut de gamme.
Derrière la volatilité boursière (annualisée à 35 %), les fondamentaux de Nvidia restent solides. Au premier trimestre de son exercice, le groupe a dégagé un chiffre d’affaires de 81,6 milliards de dollars, en hausse de 85 % sur un an, dont 75,246 milliards pour le seul segment Data Center (+92 %). Pour le deuxième trimestre, la direction vise environ 91 milliards de dollars (+96 %) et les analystes tablent sur un exercice à près de 393 milliards. Rick Schafer, d’Oppenheimer, maintient le titre en tête de liste avant la saison des résultats, misant sur l’essor des investissements des hyperscalers et sur la demande des projets d’IA publics et privés.
Pourtant, les vents contraires s’accumulent. Alphabet veut générer 13 milliards de dollars de revenus avec ses propres puces TPU d’ici 2027 ; OpenAI conçoit un processeur maison avec Broadcom ; Microsoft et Amazon développent aussi leurs solutions d’inférence. Nvidia a tenté de verrouiller sa clientèle en investissant 10 milliards dans Anthropic et 30 milliards dans OpenAI, tandis que les insider trades montrent des ventes nettes d’actions de 410,6 millions de dollars sur trois mois, sans aucun achat déclaré.
Côté perspectives, Jensen Huang continue de porter une vision massive : il estime que les dépenses annuelles mondiales en centres de données pourraient atteindre 4 000 milliards de dollars d’ici 2030, ce qui justifierait, à parts de marché constantes, une multiplication par quatre de la valorisation actuelle. Le déploiement japonais s’inscrit dans cette logique. Le gouvernement nippon participe à hauteur de 6,2 milliards de dollars pour accélérer le projet « Noetra ». Parallèlement, Nvidia forme une coalition robotique avec Fujitsu, Fanuc, Yaskawa Electric, Kawasaki Heavy Industries et Toyota, visant à déployer dix millions de robots dotés d’IA physique d’ici 2040. Dans un pays frappé par une pénurie de main‑d’œuvre, ces machines ne se contenteront plus de tâches répétitives : elles devront réagir de manière autonome.
Les objectifs de cours des analystes reflètent l’incertitude ambiante : Keybanc vise 330 dollars, DA Davidson 300, Baird 500, avec une moyenne à 309. Le PER se situe entre 22 et 24, bien en dessous de la moyenne historique. Le titre évolue encore 7,33 % au‑dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, signe que la tendance de fond n’est pas rompue. Reste à savoir si les prochains trimestres fourniront l’étincelle nécessaire pour reprendre la première place mondiale, tandis que le chantier japonais — avec son démarrage en 2027 et sa mise en service en 2028 — offre déjà une feuille de route concrète.
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